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Publié par Sophie-Luce

Une chronique de Sophie-Luce Morin

Ragnar Jónasson nous présente une trilogie qui remonte le temps. « L’île au secret » se veut en effet le deuxième tome des enquêtes de Hulda Hermannsdottir, et se déroule quinze ans plus tôt. C’est une information que je n’avais pas l’an dernier quand j’ai lu « La dame de Reykjavik ». Sans vous en dévoiler la finale, j’étais fort heureuse de retrouver Hulda, cette inspectrice que la vie n’a pas épargnée, qui s’investit corps et âme dans ses enquêtes à défaut d’avoir une vie personnelle trépidante. Sur plusieurs aspects, d’ailleurs, elle me fait penser à Erlendur, l’un des personnages récurrents des célèbres enquêtes d’Arnaldur Indridason.

Résumé :

L’action commence en Islande, en 1987. Sur un coup de tête, deux jeunes amoureux, Katla et Benedikt, partent pour un week-end dans la maison de campagne familiale de cette dernière, dans les confins du nord-ouest du pays. Quelques jours plus tard, Katla est retrouvée morte à l’intérieur de la demeure. À la suite d’une enquête bâclée, le père sera accusé du meurtre de sa fille.

Dix ans plus tard, Benedikt convie les trois autres amis de Katla pour commémorer le dixième anniversaire de la mort de son amoureuse. Ils se rendront tous quatre sur l’île d’Ellidaey, une masse de terre entourée d’eau coupée du monde, à laquelle on ne peut accéder que par bateau. Leurs retrouvailles tournent au cauchemar quand, après une soirée quelque peu arrosée, l’une des quatre est retrouvée gisante au pied de la falaise. S’agit-il d’un accident ? D’un suicide ? D’un meurtre ? Hulda Hermannsdottir est immédiatement dépêchée sur les lieux pour résoudre ce mystère.

Bien qu’au départ, la thèse de l’accident ou du suicide semble la plus probable, les marques laissées autour du cou de la victime révèlent qu’elle a plutôt été agressée. L’enquête prend une tournure inattendue pour Hulda quand cette dernière apprend ce que nos quatre comparses ont tenté de lui cacher : leur lien avec Katla. Notre vaillante inspectrice n’aura d’autre choix que d’ouvrir des dossiers poussiéreux pour éclaircir cette histoire ; quittes à trahir Lýdur, son patron.

Mon avis :

Ragnar Jónasson aime sans contredit jouer avec le temps. Quinze ans s’écoulent entre le troisième tome (paru en premier !) et ce second tome, dans lequel dix ans séparent le premier meurtre du second !

La première centaine de pages du roman s’avère quelque peu déstabilisante. Plusieurs personnages s’y expriment successivement par le biais d’une narration à la troisième personne alignée sur chacun d’eux. Deux enquêtes, qu’une décennie sépare, s’entrecroisent. Hulda elle-même ne manque pas à l’appel. Le lecteur peut la suivre à travers son périple aux États-Unis, à la recherche de son père biologique. Au fil des pages cependant, le lecteur finit par s’approprier cette structure. Le mystère devient prégnant : qui a commis non pas un, mais deux meurtres ?

Les chapitres sont courts. Le suspens se maintient brillamment jusqu’à la dernière page. De fausses pistes sont semées ici et là pour dérouter le lecteur. Sans compter cette juste dose de descriptions de paysages époustouflants qui campent si bien les polars nordiques et contribuent indéniablement à leur succès.

« Au crépuscule, ils avaient traversé le sinistre paysage des hautes landes, austère et désolé, puis descendu vers la côte pour gagner le bras le plus long du grand fjord connu sou le nom d’Ísafjardardjúp. »

« Il émanait de ce décor peut-être moins spectaculaire, marqué par l’espace et le vide, une sensation de quiétude infinie. Sur l’horizon dénudé, les seules touches de couleur provenaient des baies de myrtilles et de camarines, et des eaux bleues impassibles du fjord en contrebas. »

« Ils arrivèrent enfin à Háubæli. Klara avait rarement vu un endroit aussi impressionnant. Juste en dessous du sommet de la falaise se trouvait une anfractuosité surmontée d’une avancée rocheuse, comme une grotte. Devant la corniche qu’ils avaient aperçue à l’arrivée surplombait les abysses. Ils pouvaient à peine tenir à quatre sous la saillie, et devaient se baisser, sauf à se rapprocher du précipice. »

À n’en pas douter, les Islandais ont vraiment l’art du polar ! Tous les ingrédients y sont pour faire en sorte que le lecteur attende impatiemment le dernier tome de cette trilogie, soit le tome 1 !

Bonne lecture !

 

L’île au secret

Ragnar Jónasson

Éditions de la Martinière

2020

 

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