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Publié par Richard

« C’est la colère qui m’a fait écrire ce roman-là ..."

Le Devoir, 25 juillet 2020

Une chronique de Richard

 

Habituellement, quand je termine un roman de la série de Maud Graham, je me transporte dans la forêt gauloise où la table est mise pour fêter la réussite de l’enquête, le méchant arrêté et le crime puni. Installée à cette table, il y a Maud Graham, au centre, assise à côté d’Alain Gagnon, évidemment. Pas très loin, Maxime, Grégoire, Léa et de l’autre côté, l’équipe de Maud, Rouaix, Joubert, Nguyen et McEwen. Léo est assoupi au pied de l’héroïne de la journée. Au bout de la table, Chrystine, l’air satisfait, regarde ses personnages parler, manger et boire.

 

Pas de barde attaché à un arbre, ni de sangliers trônant tout au long de la table, juste des plats préparés par Maud et Chrystine et des vins savamment choisis pour l’harmonie avec le repas.

 

Et moi, lecteur fidèle, assis près du feu, une coupe d’Amarone à la main, je lève mon verre au succès de l’équipe.

 

On fête la résolution du crime.

 

Mais pas cette fois-ci ! Pas après « Les cibles » la 19e enquête de Maud Graham. Tout le monde est là, mais dans leurs yeux, il subsiste une ombre. L’affaire est conclue, mais la thématique reste tellement d’actualité, est encore bien présente : les crimes homophobes, les crimes xénophobes et la haine de la différence sont encore malheureusement d’actualité. Et la présence constante de cette haine dans toutes les sphères de notre société, nous porte plus à la réflexion qu’à la fête.

 

Pour cette fois-ci, Maud travaille sur un cold case qui la turlupine depuis bien longtemps : un meurtre et une disparition survenus en 2012 n’ont jamais été résolus. Et ce n’est pas le genre de choses que l’enquêtrice accepte. Ces événements sont des roches dans ses souliers de policière.

 

Puis, de nouveaux éléments font en sorte que sept ans plus tard, Maud remettra l’équipe sur cette affaire. Le meurtre d’un jeune homosexuel et la disparition de la femme d’un notable de la ville reviendront à l’ordre du jour du bureau des enquêtes.

 

Rien ne sera facile ! Après sept ans, il s’en est passé des choses. Les gens oublient, les faits s’effacent, mais le crime a toujours le don de refaire surface, même de se répéter !

 

Face à la sympathique équipe d’enquêteurs, le lecteur rencontrera des personnages aux idées tordues, aux préjugés bien ancrés et à la haine frôlant l’épiderme et le cerveau (un peu fêlé !). Un médecin bien coté et un homme de main constamment en colère mèneront le même combat contre tout ce qui est différent ou qui n’est pas normal. Selon eux ! À leurs yeux !

 

L’enquête est complexe et chaque pierre soulevée cache un petit bout de haine, de jalousie, d’incompréhension et d’horreur. On ne peut faire autrement que de partager la colère de l’auteure quand elle a décrit les événements fictifs d’une problématique pourtant bien réelle.

 

Bien sûr, avec Chrystine Brouillet, nous aurons droit à quelques repas familiaux ou entre amis, des moments de tendresse entre membres de la famille élargie et aussi à des touches d’humour bien placées. Une enquête de Maud Graham n’en serait pas une sans ces moments festifs et agréables. Tout n’est pas noir dans ce roman, mais le regard sur notre société est plus incisif que d’habitude. Mais tous les lecteurs apprécieront !

 

En ce qui me concerne (et ce propos est partagé par le résultat unanime d’un sondage mené dans la maison…) « Les cibles » est un des meilleurs romans de la série Maud Graham. La barre est haute pour fêter la 20e enquête ! Mais connaissant le talent de l’auteure, on peut être certain que le prochain sera aussi bon sinon meilleur que ce petit dernier.

 

En attendant cette nouvelle aventure, retournons quand même à la table gauloise pour fêter cette 19e enquête car, même avec les réflexions qu'elle provoque, elle mérite quelques agapes bien mitonnées ! Et bien arrosées !

 

Bonne lecture !

 

 

Quelques extraits :

 

« Au moins, les fifs restent dans leur quartier, continua Boivin. Je ne voudrais pas vivre dans le Village, aller lire mon journal avec une grande folle à côté de moi. Faut être vraiment fucké pour vouloir s’habiller en femme. »

 

Une annonce à moyen terme ? : « Je veux le coincer avant de prendre ma retraite. » dixit Maud Graham.

 

« Mais la rue annihile les perceptions, les réflexes, l’empathie. C’est la loi du chacun pour soi »

 

 

 

 

Les cibles

Chrystine Brouillet

Éditions Druide

2020

368 pages

 

 

 

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Commenter cet article

Karine 08/08/2020 05:03

Me crois-tu que je n'ai jamais lu Maud Graham?? Incredible hein. Et je me connais, je vais vouloir commencer par le début!

Richard 08/08/2020 16:59

C'est vrai ??????? Je ne le crois pas ! ben oui j'te crois mais il est temps que tu t'y mettes. il y a 19 enquêtes de Maud Graham et c'est certain que de suivre l'évolution des personnages récurrents, c'est un plaisir à ne pas bouder. Mais entre toi pis moi pis la boîte à bois, tu pourrais te faire un programme de huit romans, à lire en ordre de parution, en commençant par le premier et en lisant au moins les trois derniers. Ça te donnerait une sacrée bonne idée !