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Publié par Geneviève

Biz est un génie. Comment se fait-il qu’on en entende si peu parler? Dans La chaleur des mammifères, tout comme dans ses livres précédents (Dérives, La chute de Sparte, Mort-Terrain et Naufrage), Biz[1] démontre une fois de plus qu’il est le maitre des mots, qu’il est le maitre des maux.

 

L’histoire

René McKay, professeur de littérature à l’université, a connu de meilleurs jours. Sur le pilote automatique depuis des années, il a cessé de se réinventer. Le voilà à 55 ans, blasé par ses étudiants, son fils, l’amour. Portant des jugements sur tout et sur tous, René McKay s’enlise, lucide de sa propre médiocrité. C’est la grève étudiante qui ouvre une brèche, qui permet à McKay de renaitre de ses cendres, d’être « animé par une fébrilité citoyenne », de vivre en quelque sorte la révolution dont il rêvait quand il était étudiant. Et le mépris laisse subrepticement place au respect envers cette jeunesse unie.

 

Mon avis

 

Quel roman intelligent! Au-delà de l’histoire, c’est l’écriture et l’étendue de la culture de Biz qui, comme dans tous ses écrits, percutent le lecteur. Biz compose des phrases courtes, souvent sans adverbes ni fioritures, des phrases qu’on prend plaisir à lire et à relire. Des phrases qui créent des images fortes.

 

 « Le tout balbutié dans une langue atrophiée, à peine plus élaborée que les gloussements d’un cacatoès. »

 

« Comme si elle avait trébuché, la nuit est tombée d’un seul coup. »

 

« Une langue cancéreuse, symptôme d’une pensée en phase terminale. Mais qu’est-ce qu’ils foutaient dans un bac en lettres? Ils étaient là pour passer le temps? Pour faire plaisir aux parents? S’imaginaient-ils un jour remporter le Goncourt avec leurs moignons de réflexions?

 

« Dans l’avion, j’étais coincé à côté d’un obèse morbide. Le pauvre type débordait de son siège comme un muffin de son moule. »

 

Tout comme ses oeuvres précédentes, La chaleur des mammifères est un roman savoureux avec ce qu’il contient de cynisme et de réalisme. L’auteur cite Houellebecq à maintes occasions, on y devine une influence dans le style. Les personnages y sont définis avec justesse et malgré leurs travers, leur lourdeur même, on s’y attache. C’est à se demander comment Biz s’y prend pour décrire avec autant d’exactitude les ravages du temps sur le corps de la femme de cinquante ans ou la lassitude qui transpire de chacun des pores de René…

 

Dans La chaleur des mammifères, on retrouve Steeve, étudiant du secondaire doué en écriture dans La chute de Sparte, roman jeunesse qui a remporté le Prix du Gouverneur  général en 2012. L’auteur fait également référence au conflit de Mort-Terrain et quelques clins d’oeil à des personnalités québécoises connues. J’ai souri. Souvent.

 

Vous ne l’avez pas encore lu? Chanceux!

 

 

La chaleur de mammifères

Biz

Leméac

154 pages

 

Cette chronique a été rédigée par Geneviève Hould, toute nouvelle collaboratrice à Polar, noir et blanc.

 

[1] Biz, en plus d’écrire des romans pour lesquels il a reçu des prix et distinctions, est membre du groupe rap Loco Locass.

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