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Publié par Sonia

Air accrocheur mais très connu ...

Par SONIA SARFATI

 

Il y a de ces airs qui accrochent l’oreille et s’y installent tels les « vers » de l’expression. À trois, en chœur : « Des-pa-ci-to / Quiero respirar tu cuello despacito». Ou bien : « Il est venu le temps des cathédraaaaaales! » Ça marche à tous les coups et même si on dit qu’on n’en peut plus, on en fredonne plusieurs couplets. Et on reprend. Ne me remerciez pas.

 

L’homme craie, premier roman de l’Anglaise C.J. Tudor (Caroline J. Tudor), fait le même effet. On est ici dans l’esprit du Stand By Me de Stephen King et, surtout, dans les pas de It (du même King)… mais sans la facette « surnaturel horrifique » : le village (ici, anglais plutôt qu’américain), la bande de jeunes (comprenant une fille, belle et rousse, victime de violence familiale), les vélos, l’intimidation. Et le drame auxquels les jeunes sont à ce point liés que, des décennies plus tard, il les rattrape.

 

L’action de départ se situe dans les années 80 (on ajoute donc ici un parfum nostalgique de Stranger Things, des Goonies, de E.T.), pour ensuite faire un bond jusqu’à aujourd’hui – quand les protagonistes, alors âgés de 12 ans, sont devenus adultes.

 

Alternant entre le passé et le présent, L’homme craie se découvre sous la narration d’Eddie. C’est lui qui, avec ses copains, a découvert le cadavre d’une femme. Démembrée. La tête coupée. C’est lui qui lève le voile sur ce qui s’est passé alors. C’est toujours lui qui, 30 ans plus tard, reprend son récit tandis que le tueur (le cas n’a jamais été fermé) semble, lui, reprendre du service.

 

Le code craie

 

La structure « en balancier » ferre solidement le lecteur, d’autant plus que chaque chapitre ou presque se termine sur un irrésistible « cliffhanger ». Épaississant le mystère, des dessins à la craie, comme autant de macabres pointillés. Eddie et sa bande utilisaient ce moyen pour communiquer et tenir les parents en-dehors de leurs activités. Leur code aurait-il un lien avec les faits et gestes du meurtrier?

 

Autant d’atouts qui ont fait que les éditeurs se sont disputés à grands coups d’enchères le manuscrit de la nouvelle romancière. Le buzz est tel que le livre sort ces jours-ci dans 27 pays. C’est ce qu’on appelle entrer par la grande porte dans la cour des grands.

 

Bref, impossible de nier l’efficacité de ce suspense. Ce qui n’empêche pas quelques déceptions et un peu de mollesse en cours de route.

 

D’abord, surtout quand on compare à ce maître des mots qu’est Stephen King ou de l’image qu’est Steven Spielberg (puisque leur aura flotte sur le récit), il est difficile de vraiment s’attacher aux personnages – peut-être à l’exception d’un professeur albinos et d’une jeune fille défigurée (qui ont des rôles cruciaux dans l’intrigue mais y sont, en terme de temps de lecture, relativement peu présent).

 

Aussi, il y a cette abondance de pistes secondaires et cette frénésie du rebondissement qui, on s’en rend compte au final, n’ont souvent pour but que de distraire. Cet « espace » aurait probablement été utilisé à meilleur escient s’il avait servi à creuser la trame principale et à étoffer les protagonistes.

 

D’où la légère déception quand on franchit le fil d’arrivée.

L’impression qui demeure par contre, une fois le livre refermé, c’est que C.J. Tudor est là pour rester : elle ne s’effacera pas du paysage du polar comme un dessin à la craie sur le tableau ou le trottoir.

 

 

L’HOMME CRAIE

C.J. TUDOR

(TRADUIT PAR THIBAUD ELIROFF)

FLAMMARION QUÉBEC,

381 P.

 

 

 

 

 

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