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Publié par Richard

Comme vous vous en doutez sûrement, je suis un amateur de nouvelles, ces petits textes à saveurs multiples qui peuvent vous charmer, vous surprendre ou vous bouleverser. Et tout cela en une douzaine de pages. La nouvelle, pour moi, c’est le twitter du roman en bien plus que 140 caractères.

 

Moi, j’adore ! Et les lecteurs commencent à apprécier !

 

À chaque fois, il y a une auteure qui réussit à m’émouvoir avec ses nouvelles percutantes, son style bien personnel et ses personnages "poqués" par la vie, mais animés par un souffle d’espoir parfois inspirant, souvent destructeur. Suzanne Myre fait partie des meilleurs nouvellistes du Québec.

 

Tout d’abord, parlons esthétique ! Malgré le fait que je n’aime pas tout le « style Actes Sud » du livre, je dois avouer que la jaquette est très très belle. Qu’elle représente magnifiquement l’atmosphère du contenu. Et autant au toucher qu’à la lecture, la texture du bouquin est agréable, la lisibilité excellente et la typographie très correcte.

 

Et maintenant, sautons à pieds joints dans le contenu ! « L’allumeuse », c’est d’abord la première histoire du recueil, une novella qui installe parfaitement l’esprit du recueil. Annabelle, petite fille tourmentée, fait une rencontre étrange dans l’église de son quartier. Après la messe du dimanche, ses rendez-vous  avec le bedeau Lacasse prennent toute la place dans la vie de cette petite fille troublée. Elle deviendra « L’allumeuse », par dépit et par colère. Dès ce moment, tout lecteur se serait satisfait de cette histoire, de ce récit, mais l’auteure en avait décidé autrement. Alors, tante Henriette, André, Stéphane et l’inspecteur Marcotte viennent enrichir les petits et grands drames qui se passent sur la rue Balzac.

 

Ah oui, la rue Balzac ! Un personnage important occupe le centre de ce recueil, Montréal-Nord, un quartier défavorisé, un environnement propice aux différents malheurs qui viennent avec la pauvreté et aussi, une comparaison avec son quartier voisin, Ahuntsic, un peu plus riche et un peu moins ouvrier. Ce qui donne de bien belles histoires et des personnages pleins d’humanité avec les qualités de leurs défauts. Et les petites choses de la vie qui viennent chambarder leur précaire quiétude et leur sécurité factice.

                   

Sans révéler leurs histoires, rencontrez donc Julie, la maman d’une fillette en manque d’amour. Julie s’est « acheté une chatte usagée » sur Kijiji et l’a appelé Ritcharde en l’honneur de son acteur préféré.

 

Et bébé Franconia qui dès sa naissance trouve son père aussi affreux qu’une maladie vénérienne et qui s’en inspire pour développer son talent précoce de peintre.

 

Puis voici Maude, une adolescente fâchée de s’être fait tuer par un vieux qui a perdu le contrôle de son auto. Elle n’a même pas eu le loisir de terminer son cornet de crème glacée avant de se rendre dans l’au-delà. Il y a de quoi crier vengeance !

 

Entrons dans la polyvalente du quartier avec monsieur Lefebvre, suppléant de son état et professeur en milieu défavorisé par passion. Son missionnariat est entaché par une direction d’école désabusée, fumeur de cigares pestilentiels et harceleur de jeunes enseignants à temps partiel. Mais qui se cache derrière ce sardonique oppresseur malodorant ?

 

Et finalement, des animaux, aussi humains que les pauvres personnes qui les entourent ; flattez donc le très laid Frigo, le chat désavantagé par la nature, recueilli par Élyse. Une belle histoire d’amour !

 

Voilà donc quelques-uns des personnages marquants de ce recueil, ceux qui m’ont le plus marqué. Mais ce qui reste après ma lecture de ce livre, c’est la justesse du ton « Suzanne Myre », sa capacité à émouvoir ses lecteurs, son talent pour nous faire partager les émotions de ses personnages et aussi, sa langue, son style et le ton de chaque nouvelle.

 

À certains moments, j’ai l’impression d’entendre sa voix me raconter l’histoire, d’entendre son sourire, juste assez malicieux pour nous donner le frisson et de voir le pétillement de ses yeux, contente d’avoir ému le lecteur. N’attendez pas de finale surprenante ou des revirements spectaculaires ; là n’est pas le propos de l’auteure. Préparez-vous à vivre un buffet d’émotions où l’auteure elle-même vous aura rempli une assiette.

 

En terminant, je vous conseille grandement de ne pas louper le mot de la fin de l’auteure, son « Préavis de décès » ! À l’image et à la démesure de l’auteure! Elle a raison de dire « Aucune résurrection n’est prévue. » car le talent de Suzanne Myre ne s’éteindra jamais.

 

Une autre belle réussite pour cette petite maison d’édition, Marchand de feuilles, qui possède le don de publier d’excellents livres, de la belle et grande littérature.

Bonne lecture et bonne découverte !

 

Quelques extraits :

 

« Mais, en m’assoyant dans la petite chaise berçante où j’aimais lire pendant des heures, ou juste me bercer sans rien faire d’autre que de laisser mon esprit vagabonder vers des ailleurs idylliques, j’ai senti que cet asile était devenu comme une île mouvante produisant une nausée de pensées délétères. »

 

« Elle a dit qu’il y a des prénoxètes … oui c’est ça, proxénètes, ce que tu es intelligente ! qui vendent de la drogue dans la cour d’école et qui essayent d’attraper les petites filles pour en faire des femmes et les mettre sur le marché noir. »

 

"… Dieu sait que le ketchup a un talent inégalable quand il s’agit de s’incruster dans les fibres synthétiques encore plus que le sang.."

 

 

L’allumeuse

Suzanne Myre

Marchand de feuilles

2018

 

Message important: le recueil sort en librairie, aujourd'hui, le 24 janvier !

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