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Publié par Florence

Qu’est-ce qui fait que, au-delà de sa maitrise du genre et de la beauté d’un style, un auteur plus qu’un autre va venir nous chercher, et parvenir sans aucune difficulté, par la simple force de son univers fictionnel, à nous faire adhérer sans réserve à sa proposition?  Je ne sais pas pour vous, mais rares sont finalement les écrivains qui m’offrent une œuvre de laquelle j’ai de la difficulté à émerger, ou plutôt que je refuse de quitter, la dernière page s’accompagnant d’un véritable petit deuil.

 

Les livres de Michel Jean sont de cet ordre en ce qui me concerne. Le mélange de sensibilité maitrisée, domptée, et de contenu riche en information de ses ouvrages (une dizaine à ce jour, dont six romans) ont le don de me coller à la peau, par petites parcelles, ce qui est loin d’être désagréable et en dit long sur le talent de l’auteur.

 

Journaliste et animateur télé en info de carrière, Michel Jean met habilement à profit son vécu et ses réflexions sur le métier, ce métier dur et unique qui ouvre sur le monde et met le journaliste en contact direct avec les conflits armés, la violence, la souffrance et l’absurdité des destins humains. Tissant finement la toile de fond macro de l’histoire récente du Sri Lanka  en filigrane de la douleur d’un homme, un journaliste, Michel Jean réussit à merveille le difficile exercice qui consiste à nous faire aimer son héros faillible et incertain et à nous donner envie de mieux connaitre un peuple éloigné de nous. C’est ce même art qui a permis à l’auteur mieux que personne de ma connaissance de nous ouvrir à la grandeur et la richesse spirituelle habituellement ignorée des peuples autochtones, par le truchement de personnages familiers sur lesquels son regard tendre nous arrête (Elle et nous, Le vent en parle encore).

 

Tragédie de masse, souffrances individuelles


Mais revenons à Tsunamis, sur les traces de ce presque héro que certains lecteurs auront connu dans un roman antérieur (Un monde mort comme la lune). Nous suivons un homme brisé par une tragédie déjà assez ancienne pour s’être cristallisée en abime intérieur et qui semble avoir abandonné jusqu’à l’envie de chercher à retrouver la lumière. Un homme fini.

Le roman renoue avec Jean-Nicholas Legendre dix ans après  le tsunami terrifiant qui a ravagé la région, oblitérant des communautés entières, dans un pays déjà martyrisé par la guerre civile. Une horreur qu’il a couverte pour une chaine de télévision montréalaise, et qui l’a conduit au cœur de la guérilla.

Ce retour aux allures de quête initiatique ou peut-être de catharsis,  forcera le journaliste à replonger dans son tsunami intérieur, retraçant au passage des pans importants de l’histoire torturée de ce pays d’Asie du sud-est.

 

S’il fallait résumer la qualité première de Tsunamis, j’aurais tendance à parler de sa sobriété : sobriété du style face à une civilisation toute en foisonnement, en odeurs, en couleurs, en déferlements; sobriété dans l’esquisse des protagonistes, peints avec assez de détail, assez de mystères, et juste assez peu de superlatifs; sobriété enfin dans les sentiments et leurs expressions, y compris les plus intimes. Un  refus des effets de toge et de ces scènes trappes-à lecteurs, trappe-à-l’œil, où s’engluent nos désirs, qui surprend agréablement en ces temps où plus rien ne semble vouloir garder le salutaire voile du mystère. La fin, prenante et efficace, est l’enfant direct de cette démarche sans compromis.

 

Vous aurez compris, J’ai aimé et je recommande. Chaudement.

 

Tsunamis

Michel Jean

Libre Expression

224 pages

 

Chronique rédigée par Florence Meney

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