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Publié par Sonia Sarfati

 

Origine suivant la recette à laquelle Dan Brown nous a habitués, il va sans dire que les détracteurs du romancier n’auront pas assez de mots pour dire tout le mal qu’ils pensent de son dernier opus. Et c’est leur droit. Ce diable d’homme possède l’art de ne pas laisser tiède : quand on ne l’aime pas, on le déteste.

 

Ce n’est donc pas à eux que s’adressent ces mots – ni ce roman, le 7e de l’auteur du Da Vinci Code, le 5e mettant en scène le célèbre Robert Langdon, professeur de symbologie à Harvard (qui prend les traits de Tom Hanks dans les longs métrages de Ron Howard).

 

Tiré à 600 000 exemplaires en français seulement (ce n’est pas de la pensée magique : le livre caracole au sommet des listes de best-sellers; après tout, Dan Brown, c’est plus de 200 millions de livres vendus en 56 langues), Origine suit Langdon dans une course éperdue, en compagnie d’une femme superbe, embourbés dans une intrigue où la science et la religion se font les dents l’une sur l’autre, où l’histoire et le présent s’entrechoquent d’une façon qui pourrait changer le futur.

 

Après Rome et le Vatican, Paris, Washington D.C., Florence et Venise, c’est vers Bilbao et Barcelone que se tourne Dan Brown. À son habitude, il joue les guides touristiques: combien de chapitres s’amorcent par la description et/ou l’histoire de, ici, la Casa Mila, la Sagrada Familia, l’abbaye de Montserrat, le monastère de l’Escurial, le musée Guggenheim de Bilbao, etc.

 

Le récit s’ouvre alors qu’un éminent futurologue, Edmond Kirsch, va annoncer au monde qu’il a trouvé la réponse à deux questions fondamentales. Il va ainsi,  purement, simplement et humblement (!)… tuer dieu. Tous les dieux, emmitouflés dans leurs religions.

 

Action!

 

Or il se trouve que le jeune chercheur est un ancien étudiant de Robert Langdon. Qui a été invité au grand déballage. Qui est donc témoin du meurtre de Kirsch, puisque meurtre il y a. Et qui se donne pour mission de faire la lumière sur le crime, mettre la main sur la découverte du futurologue, la rendre publique.

Et Langdon de se retrouver en fuite à travers l’Espagne et la Catalogne, en compagnie d’une femme sublime, Ambra.

À leurs trousses, les forces de l’ordre (souvent corrompues); et les membres de différentes organisations religieuses, certaines reconnues, d’autres moins – après les Illuminati, l’Opus Dei et autres Francs-Maçons, voici les Palmariens.

 

Dans leur sillage, des morts violentes, des codes à « craquer », des œuvres d’art à interpréter, des «  réalités » scientifiques à adopter – ou pas.

 

Chapitres courts et action non-stop : Origine – supérieur à Inferno dont les ressorts dramatiques reposaient sur d’insupportables coïncidences et omissions – se lit souvent en roulant des yeux (il y a du too much en masse, ici); mais, quand même, d’une traite et d’un souffle.

 

Avec quelques « pauses » et détours (non obligés mais…) par la tablette électronique afin d’effectuer des recherches permettant de visualiser tel lieu, tel monument, telle œuvre d’art. Ou pour vérifier si tel « fait » est fiction ou réalité (qu’un roman écrit par un robot, par exemple, ait été finaliste à un prix littéraire au Japon – pour info, c’est vrai).

 

Soupir…

 

Bref, Origine carbure à la recette d’origine.

Avec ses qualités.

Avec, aussi, ses défauts. Le nombre de fois où Langdon résout un problème parce que la solution lui apparaît de la plus « pas rapport » des façons! Et puis, les situations et dialogues risibles (qu’il vaut mieux prendre avec un grain de sel pour ne pas risquer l’hypertension)!

 

Quelques exemples qui parlent d’eux-mêmes?

Histoire de semer leurs poursuivants, la belle Ambra suggère à Langdon de jeter son cellulaire. Il s’exécute. Et là, cette perle :

 

- Robert, murmura la jeune femme, souvenez-vous de la Reine des neiges…

Langdon la regarda, interdit.

Ambra lui sourit gentiment et se mit à chantonner :

- Libérée… délivrée…

 

On rappelle que la scène se déroule alors que des malfrats armés jusqu’aux dents poursuivent le couple.

 

Parlant d’Ambra, elle est la directrice du Guggenheim de Bilbao mais, également, la fiancée du futur héritier du trône espagnol. Fidèle à lui-même, le romancier décrit leur rencontre de façon typiquement « brownienne », donc (« mochement ») révélatrice de sa vision de la gent féminine. Cela va ainsi :

 

Un prince était venu lui proposer un rendez-vous!

Dans sa jeunesse, Ambra était une grande fille dégingandée. Et les garçons avec lesquels elle était sortie avaient toujours été à l’aise avec elle. Mais plus tard, quand sa beauté était devenue exceptionnelle, les hommes étaient devenus timides, gauches et bien trop respectueux. Ce soir-là, un homme puissant était venu l’aborder tout en restant maître du jeu. Elle avait soudain eu la sensation d’être juste une femme.

 

Sans commentaire.

 

Un dernier pour la route? Toujours en compagnie de la belle Ambra, qui se fait soudain entreprenante (haha!) :

 

- Robert, je peux vous poser une question personnelle?

- Bien sûr.

Elle hésita.

- Est-ce que les lois de la physique vous suffisent?

 

Du grand « personnel », en effet.

Pourtant, malgré tout cela… ou à cause de tout cela, Origine se dévore en criant « ciseaux! » Et en soufflant « franchement! »

 

 

 

ORIGINE

DAN BROWN

(Traduit par Dominique Defert et Carole Delporte)

JC Lattès,

565 pages

2017

 

 

Chronique rédigée par SONIA SARFATI, chroniqueure à Polar, noir et blanc

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