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Publié par Florence

 

Vous allez dire que c’est mon dada et je plaide coupable, votre honneur, mais on ne peut que constater que trop souvent, au fil des ouvrages sans doute rapidement produits pour répondre à la commande de l’éditeur et aux attentes des lecteurs, ce qui faisait initialement la force majeure d’un auteur devient son pire travers. Le dernier opus sorti en français de la grande auteure de polar Patricia Cornwell est l’illustration criante de ce phénomène qui devrait agir comme une mise en garde pour tous ceux qui écrivent. Se renouveler, ce n’est pas facile. Se répéter, et le faire en longueur, c’est pathétique. On fait quoi avec cette loi implacable?

 

Je comptais parmi les nombreux adeptes des premières enquêtes de Kay Scarpetta, médecin légiste experte de l’État de la Caroline du Nord et héroïne de Patricia Cornwell. J’avais été séduite par l’originalité et par la complexité de la proposition de cette Américaine au regard incisif, qui nous entrainait sans ménagement à la suite de son experte dans les méandres les plus détaillés des coulisses de la profession médico-légale, mais aussi dans les entrailles du FBI ou évoluent son Benton d’époux et sa nièce fluide Lucy. Le fana de polar noir avait vraiment de quoi se mettre sous la dent avec les fermes de cadavres cultivés à Quantico pour mieux contrer les plus pervers psychopathes, et si on émergeait sonné de cet univers trempé de dangers, d’écoutes électroniques, de cyber-prédateurs, de sexualités contrariées et de menaces imminentes, se demandant si l’Amérique était réellement aussi sombre, on apprenait pas mal d’éléments intéressants en route sur les rouages de la justice et de la police. C’était touffu, dur, mais prenant.

Mais Chaos, qui compte quand même plus de 420 pages au lieu des 150 que justifie l’histoire, tombe carrément dans l’absurde d’une intrigue (ou absence de) qui dure et dure et tourne en rond et se complait dans des descriptions interminables que l’éditeur aurait dû passer au sabre sans merci, pour épargner le pauvre lecteur. Si le résumé juteux à souhait nous promet une enquête complexe autour du cadavre incandescent d’une jeune cycliste, il faut attendre plus de 120 pages pour que notre héroïne-experte daigne enfin arrêter de boire son verre de blanc de bourge et de gloser sur la vie, les danger d’une société malade ou les terroristes complotent à tous les coins de rue,  sans compter les considérations familiales dont on se bat franchement l’œil avec une patte de hareng et enfin, enfinnnnnn mettre les mains dans la pâte…je veux dire sur la chair morte. Eh Ho! On est venus pour cela, madame! On veut du dark! On est là, dans le noir, à attendre! C’est un peu comme si vous invitiez l’élu.ue de votre cœur à un super concert et que pendant une heure on ne vous servait que le chant miaulant de l’orchestre en train de s’accorder, pour finir avec un mince quart d’heure de véritable musique.

Je vais vous dire la vérité, bien que je me sois accrochée, je n’ai pas tout à fait fini le livre.  C’est rare, mais c’est comme cela. Je ne saurai donc pas pourquoi Lucy (paranoia-city!!!!!) est aussi directement menacée par un homme dans l’ombre au  surnom barbare, pourquoi Marino, le grand flic vedette dont je connais maintenant le diamètre des cernes de dessous de bras, entre mille autres choses, flirte avec la sœur de Scarpetta (mon dieu que les femmes de Cornwell sont méchantes…). Dommage. Je pense que ce Chaos n’en est qu’un parmi une somme de romans intéressants mais dont plusieurs affichaient déjà les travers que je souligne à traits un peu gros dans ce blogue.

Scarpetta, je t’aimais et je t’aimerai. Mais là, tu m’as barbée.

 

Bonne lecture ... quand même !

 

Chaos

Patricia Cornwell

Éditions Les 2 terres

2017

427 pages

 

Chronique rédigée par Florence Meney, collaboratrice à Polar, noir et blanc.

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