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Publié par Sylvie

Il y a des moments où on a juste envie de croire qu’un éléphant peut sortir d’un chapeau.

Jeux de miroirs

Certains romans ont cette particularité de piquer ma curiosité à un niveau tel que je ne peux me résoudre à le glisser sous ma pile. J’ai donc fait comme Peter Katz, un des trois narrateurs de ce livre, j’ai mis de coté tous les autres, je me suis fait un café et, une fois installé sur le divan du salon, j’ai entamé la lecture de Jeux de miroirs. La dernière ligne lue a vu arriver la fin de la journée, impossible de m’arrêter, trop intriguée !

Peter Katz, agent littéraire, reçoit le manuscrit inachevé d’un certain « Richard Flynn » ancien étudiant de Princeton. Le manuscrit qui semble autobiographique relate les faits d’une ancienne affaire qui a défrayé la manchette à la fin des années 80, le meurtre jamais résolu du professeur Joseph Wieder, spécialiste en psychologie cognitive. Flynn y raconte qu’à l’hiver de 1987 lorsqu’il entamait sa dernière année à Princeton, il fit la rencontre de sa nouvelle colocataire, Laura Baines, étudiante en psychologie et en quelque sorte la protégée du célèbre professeur. Ayant besoin d’un boulot pour financer ses études, Flynn accepte la tâche de décortiquer, reclasser et archiver électroniquement tous les ouvrages de l’immense bibliothèque de Wieder. Notre jeune étudiant passera beaucoup de temps dans cette demeure encombrée d’œuvre d’art hétéroclite qui lui évoque des airs de musée. Intrigué autant par la maison et ses recoins que par la nature exacte de la relation qu’entretient Laura et Wieder, Richard en viendra à se poser beaucoup de questions, surtout sur la personnalité de cette sommité admirée de tous à l’université.

Or voilà que dans la nuit du 21 au 22 décembre, en pleine tempête de neige, alors que certains doutes le tenaillent, Richard grimpe dans un taxi pour se rendre chez le professeur Wieder. Ainsi j’achève le manuscrit partiel de Richard Flynn. Ce fut cette même nuit qu’on assassina le professeur. À ce jour, le meurtre demeure irrésolu.

Peter Katz, est convaincu de détenir entre les mains un futur best-seller. Et si la suite du manuscrit détenait la clé du mystère ? L’écrivain dit détenir des informations qui lui sont revenues en mémoire bien des années plus tard sur cette funeste soirée. A-t-il été témoin du meurtre ? Dévoile-t-il l’identité du coupable ? L’agent se met donc en quête de retrouver Flynn pour mettre la main sur cette bombe littéraire. Malheureusement ses recherches s’avèrent vaines. Richard Flynn est décédé et la suite de son manuscrit demeure introuvable. Il engage le journaliste John Keller pour faire la lumière sur ce mystère et tenter de retrouver ce roman inachevé qui contient peut-être la clé de l’énigme. Mais l’enquête de Keller se butera sur de fausses pistes, des témoins dont la mémoire défaille, des bribes d’information divergentes. Qui dit la vérité ? Les souvenirs de certains semblent l’opposé des autres. Essoufflé par cette quête labyrinthique il se tournera vers Roy Freeman, policier à la retraite qui fut chargé de l’enquête à l’époque des faits. Celui-ci fera tout pour découvrir enfin la vérité sur cette affaire qui l’a longtemps obsédé. Persuadé qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire, il est bien résolu à y faire toute la lumière.

Trois parties façonnent le roman, trois narrateurs avec chacun sa vision au reflet parfois déformant. Chacune d’elle est comme ses petites « matriochkas » petite poupée cachée dans une petite poupée cachée dans une petite poupée. C’est dans le flux et reflux des points de vue de chacun que s’ouvre le fameux jeu de miroirs et de doubles tiroirs, souvenirs altérés, mémoire confuse, manipulation et jeux de faux-semblant. Le temps et la perception peuvent changer et fausser la façon dont nous nous souvenons de ce qui s’est réellement passé, ce qui rend la mémoire fondamentalement peu fiable.

Une intrigue bien construite, efficace et qui ne s’essouffle pas. Ne vous attendez pas à une course contre la montre, mais plutôt à une histoire qui s’imbrique inexorablement. Je me suis facilement laissé prendre par ce jeu de miroir. Un réel plaisir de lecture, je me suis amusé à détortiller le vrai du faux. Ai-je réussi ou moi aussi j’ai commis des erreurs d’interprétation ?

Bonne lecture.

 « La mémoire est rarement le miroir fidèle du passé. »
Citation de Goswin de Stassart.

 

Extraits :

« Quelqu’un a dit un jour qu’une histoire n’a en réalité ni début ni fin ; ce ne sont que des moments choisis subjectivement par le narrateur pour aider le lecteur à situer un événement dans le temps. »

« Et plus je m’évertuais à donner de la consistance aux personnages que mon enquête avait fait resurgir, plus ils m’apparaissaient comme des ombres sans substance s’agitant dans une histoire dont la chronologie et le sens s’obstinaient à m’échapper. J’avais devant moi les pièces d’un puzzle impossible à reconstituer. »

« Un grand écrivain français a dit un jour que le souvenir des choses passées n’est pas nécessairement le souvenir des choses telles qu’elles furent. Il avait sûrement raison. »

 

 

 

Jeux de miroirs.

E.O.Chirovici

Les escales

310 pages.

 

 

Chronique rédigée par Sylvie Langlois, collaboratrice à Polar, noir et blanc.

 

 

Commenter cet article

Violette 17/05/2017 17:47

j'aime, de temps en temps, les polars qui prennent leur temps et j'avais noté ce titre. Merci de confirmer ;)

Richard 17/05/2017 20:24

Avec plaisir, Violette !

Angeline 07/03/2017 15:14

très beau blog sur la littérature. un plaisir de me promener ici.

Richard 12/03/2017 20:14

Et pour moi, c'est un plaisir de vous y accueillir ! A bientot !

Alex-Mot-à-Mots 02/03/2017 17:18

Il t'a fallu beaucoup de cafés pour tenir jusqu'au bout du livre ?

Richard 03/03/2017 15:24

Je vais lancer la question à Sylvie ... c'est ma collaboratrice qui l'a lu.

zazy 01/03/2017 22:28

J'en lis beaucoup de bonnes choses sur différents blogues

Richard 02/03/2017 04:25

Je pense que nous devrons le lire !
Bonne lecture !