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Publié par Richard

On me dit souvent : « Tu veux lire ça ? Mais ce n’est pas un polar ! »

Eh oui ! Je suis (nous sommes) un lecteur et j’aime lire tous les genres de littérature. Je ne me confine pas à un seul type de romans et mon plus grand plaisir, c’est de découvrir de nouveaux auteurs et d’apprécier leur diversité.

 

« Les torrents » n’est pas un polar.

Et c’est bien ! Je l’ai lu avec beaucoup de plaisir.

Julie Rivard est une très bonne auteure qui écrit des polars, mais aussi des romans pour la jeunesse et des textes pédagogiques. Écrivaine ayant plusieurs cordes à son arc, elle est sûrement capable de vous atteindre avec quelques flèches littéraires qui pourraient vous intéresser.

 

« Les torrents » est un récit que l’on pourrait classer dans la catégorie des romans historiques. En ce qui me concerne, je le qualifierais plus de roman d’ambiance, décrivant à grands traits l’atmosphère et les mœurs des années 1940 dans un petit village de la Côte-de-Beaupré, près de Québec.

 

Les membres de la famille Renaud comme tous les habitants du village vivent une vie calme et tranquille autour de l’église, le centre et le lieu de rencontre hebdomadaire. Tous les hivers, le père et les fils plus vieux partent pour le chantier, laissant la femme et les plus jeunes, à la maison pendant quelques mois. La vie est une longue forêt tranquille !

 

Mais, la quiétude du village est troublée par l’arrivée d’une superbe femme, la Métisse, qui semble recevoir des hommes en mal …d’amour. Puis, comble de malheur, un beau jeune homme se pointe et malheur, il a deux défauts: il est Anglais et protestant. Deux ingrédients amplement suffisants pour gâter la sauce et mettre tout le village en ébullition.

 

Le clan Renaud se voit projeté au centre de toutes ces menaces qui s’abattent sur la petite municipalité. Un des fils est envouté par la beauté et la présence de la belle dame et l’autre devient le meilleur ami de l’Ontarien. La famille est en crise ! Pour le curé, son vicaire et la bonne, le diable est en train d’étendre son influence funeste. Que l’on soit au magasin général, au bureau de poste ou sur le parvis de l’église, tout ce qui grouille et grenouille s’épanche sur ce vent de liberté et de libertinage … possible.

 

Le drame … ou les drames sont alors inéluctables ! Saint-Ferréol ne sera plus jamais comme avant.

 

Julie Rivard met en scène des personnages sympathiques avec leur caractère, leurs qualités et leurs défauts. Ce village ressemble à tous les villages des années 40 avec la mainmise de l’Église sur la vie de tous les jours, le clergé qui ne se gêne pas pour partager l’infaillibilité papale et la présence envahissante du regard de l’autre sur vos actions. Ceci n’empêchant pas certains villageois de vivre leurs passions (en secret !!!) et même leurs déviances (encore plus secrètes !)

 

L’histoire est bonne, bien racontée et malgré la horde de personnages, le lecteur n’est jamais laissé à lui-même ; tout s’attache bien, on se promène dans le village comme si nous étions chez nous et parfois même, d’une façon un peu coquine,  l’auteure nous permet un regard espiègle dans la chambre à coucher de ses personnages. Sans vulgarité, avec goût ! Cette belle jeunesse est quand même en train de s’émanciper !

 

Dans un style sobre et rythmé, parfois même humoristique, avec des dialogues savoureux, en se servant habilement de la langue québécoise de ces années-là, Julie Rivard nous propose une écriture fluide et sensuelle, qui coule comme un ruisseau au printemps. Et ces ruisseaux se transforment parfois en torrents. Torrents qui n’emportent pas seulement les billots de bois, mais aussi les espoirs de ceux qui les buchent.

 

Une des grandes qualités de Julie Rivard se situe dans la construction de ses personnages. Parents aimants, mais souvent obtus, enfants avec des rêves, jeunes amoureux transis et voisins fouineurs, on arrive même à aimer ce clergé un peu trop « intégriste ». Le lecteur s’attache à la passion d’Adrien, au romantisme de Romain, à la naïveté d’Angéline et à la faiblesse d'Émile. Et comment ne pas s’attendrir devant les malheurs de la belle Gisèle? Heureuses ou malheureuses, on suit leurs histoires avec un regard tendre et à la fin, on en redemande.

 

Ce plaisir de lecture, aux accents de chemise à carreaux, de hache et de soutien-gorge, nous laisse un goût de « revenez-y » ! Eh oui, pourquoi pas une suite ?

 

Je vous recommande ce beau roman de Julie Rivard. Par la magie de la littérature et pour notre plaisir à se faire raconter une histoire, « Les Torrents » plairont assurément aux personnes nostalgiques d’un certain passé, aux lecteurs qui adorent la petite histoire et les romans qui sentent le terroir. Et pourquoi pas, aux jeunes adultes qui doivent savoir d’où nous venons, pour mesurer le chemin parcouru et prendre des leçons de ce passé pas si lointain?

 

Mais aussi, je le recommande à tous les lecteurs qui veulent passer un bon moment de lecture et découvrir une auteure aux multiples talents.

 

Quelques extraits :

 

« On ne savait rien de lui et, pourtant tout était dit. Les rumeurs faisaient tache d’huile. Sur le parvis de l’église, on n’entendait que des histoires à dormir debout, des racontars exagérés, qui agitaient les ainés et faisaient crier les femmes et les enfants. »

 

« Y’a un proverbe allemand qui dit que le bon sens chez les jeunes, c’est comme la glace au printemps. Fragile, très fragile. »

 

« -J’ai toutes sortes d’idées pas catholiques qui me traversent l’esprit, chuchota-t-il en déboutonnant lentement sa chemise. T’es tellement belle. J’en crois pas encore mes yeux. Je te regarde pis je me dis que ta peau doit être douce comme les nuages, mais chaude comme le sable qui borde la Sainte-Anne. »

 

Bonne lecture !

 

Les Torrents

Julie Rivard

Recto Verso

2016

272 pages

 

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 13/12/2016 13:21

Une auteure à découvrir, donc.

Richard 13/12/2016 15:02

Oui et un roman du terroir que tu apprécieras ...