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Publié par Richard

« La seule chose qu’il est capable de voir chez les autres, c’est ce qu’il projette sur eux. »

Ingrid Desjours

Depuis la parution de « La prunelle de ses yeux », à la mi-octobre en France, les critiques élogieuses pleuvent sur ce nouveau roman d’Ingrid Desjours. J’attendais sa sortie québécoise et l’ouverture du Salon du livre de Montréal cette semaine pour vous en parler. Chers lecteurs québécois, je vous recommande sans aucune réserve ce roman, vous ne le regretterez pas. Et mes amis européens qui ne l’auraient pas encore lu, n’hésitez pas à courir chez votre libraire !

 

« La prunelle de ses yeux » est, selon moi, l’exemple parfait du thriller psychologique. Grâce à une écriture souple et efficace, vous ne pourrez pas arrêter votre lecture pour travailler, manger ou même pour dormir ! Le chapitre suivant se jette sous vos yeux, maintient vos paupières ouvertes, s’empare de votre pupille et s’accroche inexorablement à votre nerf optique. Jusqu’au cerveau ! Un conseil: commencez votre lecture au début du week-end, vous me remercierez et votre patron aussi !

 

Passons maintenant à l’histoire. Gabriel a vécu une nuit infernale. À la suite du choc ressenti lors de la perte de son unique fils, Victor, il souffre d’une pathologie assez rare, la cécité de conversion. Après cette commotion psychologique grave, sans qu’il y ait aucune lésion, aucune raison physiologique, il est devenu aveugle. C’est le désespoir. Deux choses le raccrochent à la vie : découvrir les responsables de la mort de son fils et peut-être, recouvrer la vue.

 

Victor, le fils de Gabriel est l’élément central du roman, l’obsession de son père et une victime innocente. Battu à mort parce qu’il était différent, parce qu’il portait en lui un secret, parce qu’il vivait intensément pour défendre une cause ? Un peu tout cela, mais surtout, il aura été la proie de l’intolérance et de l’intimidation, un fléau trop présent dans nos sociétés actuelles.

 

Maya est une jeune Française solitaire. Elle vit en Irlande depuis 13 ans. Elle a quitté son pays d’origine en laissant croire qu’elle était morte. Par hasard (?), elle rencontre Gabriel qui lui demande d’être ses yeux, de lui faire « voir » par ses descriptions, les paysages qu’il ne peut regarder. Contre un salaire mirobolant, Maya accepte. Même si elle se sent mal à l’aise de dire oui, même si elle devra retourner en France. Et puis, elle ressent une forte attirance pour Gabriel.

 

Alors le voyage commence. Maya ne connaît pas du tout la destination, Gabriel ne vit que pour ce moment où il pourra venger son fils. Maya, sans le savoir, est l’instrument de cette vengeance. Tout au long de l’histoire, nous découvrirons les dessous de ces trois personnages au passé chargé de drames et de non-dits.

 

Les lecteurs qui connaissent bien Ingrid Desjours, retrouveront avec plaisir la démoniaque capacité de l’auteure à décortiquer l’âme humaine. Que l’on soit dans la tête de l’aveugle ou derrière les yeux de son guide, on apprend à démêler l’écheveau de fils entremêlés laissés par les événements de la vie. Gabriel qui maintient en vie son désir de vengeance, malgré une attirance de plus en plus forte envers Maya. Maya, qui à chaque moment, pose un regard tendre et amoureux sur Gabriel, tout en se doutant bien qu’il cache ses véritables intentions.

 

Voilà tout le talent d’Ingrid Desjours ! Dès le début, on sait que, peut-être, ça va mal se terminer. Du moins, elle tricote son récit, elle pose ses filets pour que nous puissions nous y laisser prendre consciemment. Et comme dans tout bon polar, quand vous serez happé par l’histoire (quelque part entre le deuxième et le troisième paragraphe du prologue), il ne vous restera plus qu’à vous laisser aller dans le tourbillon des pages.

 

 

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec un auteur québécois que j’aime beaucoup, Patrick Senécal. Sans même parler de son roman « Les sept jours du talion », je crois sincèrement qu’Ingrid Desjours est l’auteure qui ressemble le plus au maître du thriller du Québec. Même regard acéré sur les travers de l’âme humaine, même sensibilité pour les êtres psychologiquement torturés et surtout, talent équivalent pour manipuler littérairement le lecteur consentant. Et triturer nos émotions !

 

Ingrid Desjours, depuis « Tout pour plaire » et « Les fauves » a atteint un niveau élevé dans le firmamentl des grands auteurs de polars et de thrillers. Alors, gardez l’oeil ouvert et le bon, « La prunelle de ses yeux » est un roman abouti, très bien écrit et passionnant. Poussez la porte qui s’ouvre sur la noirceur, entrez en agrandissant bien les yeux et laissez-vous éblouir par le talent d’une romancière accomplie.

 

Accomplie ? Mais encore là, pour me faire mentir, est-ce que cette diablesse d’auteure saura encore nous surprendre en repoussant ses propres limites dans son prochain roman ? 

 

Quelques extraits :

 

« Le tonnerre fracasse les nuages épais, le vent gifle les arbres et projette leurs branches contre les fenêtres, la pluie s’écrase lourdement sur le sol ; et semble ne jamais vouloir se tarir. C’est tout le chagrin et la colère de la terre qui font écho à son procès, au cœur de cette nuit sans lune. »

 

« Que ce soit à cause d’un décès ou d’une rupture, on sait rarement qu’on voit une personne pour la dernière fois, que ce sera notre dernier échange, et qu’après plus rien ne sera jamais comme avant. C’est là tout le drame et la magie de notre condition humaine, de ce nécessaire déni de l’impermanence des choses sans lequel la vie serait insupportable.»

 

 

 

« Les rêves ignorent le temps, les contradictions et la mort. »

 

 

Bonne lecture !

 

 

La prunelle de ses yeux

Ingrid Desjours

La Bête Noire

Robert Laffont

2016

400 pages

 

On m'apprend que contrairement à ce qui était prévu, ce roman ne sera pas disponible pour le Salon du Livre de Montréal.

Il sera sur les tablettes des librairies québécoises à partir du 24 novembre. 

Toutes mes excuses !

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Commenter cet article

Fan2polar 15/11/2016 05:13

J'ai, pour ma part, découvert Ingrid Desjours avec ce roman. Et ce fut effectivement une belle découverte ! Ses autres romans ont rejoint ma PàL ... ;-)
Ta chronique me donne envie de me pencher sur le "cas" Patrick Senecal ... :-)

Richard 15/11/2016 13:48

Tu verras, Patrick est un "cas" ! Si tu aimes Ingrid, tu aimeras aussi Patrick !
Bonne lecture !