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Publié par Richard

 Dans une entrevue qu’elle a donnée à Ici Radio-Canada Première, Marie-Ève Sévigny avouait qu’elle n’avait jamais songé à écrire un polar, mais qu’une « commande » d’Héliotrope Noir l’avait convaincue de sauter dans la mêlée. Malgré les codes du genre ! Alors, remercions les gens de chez Héliotrope d’avoir pressenti le talent de cette nouvelle auteure.

 

Marie-Ève Sévigny nous offre dans « Sans Terre » un polar abouti, bien écrit et qui annonce sûrement d’autres romans de cette qualité.

Le lecteur pourra alors retrouver cette écriture ciselée, ce regard presque impertinent sur la société québécoise contemporaine, mais surtout, revoir ce personnage étonnant de flic à la retraite qui ose se mêler à l’affaire. Par amour ? Par ennui ? Ou seulement pour protéger la femme qu’il aime ?

 

L’histoire commence avec une scène vaudevillesque dans laquelle Gabrielle Rochefort, militante acharnée et activiste sans limites, décharge une cargaison complète d’oiseaux englués de pétrole sur le terrain westmontois du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. Et devant le garde du corps de Sam Carapelli, elle sort son Zippo, l’actionne du bout des doigts et le lance dans la montagne de bestioles imbibées d’or noir.

 

Malgré le caractère humoristique ou symbolique du geste, la Justice ne la trouve pas drôle et la condamne à deux ans d’emprisonnement.

 

Trois ans plus tard, de retour sur son île d’Orléans, Gabrielle travaille à la ferme d’une amie en s’occupant des travailleurs mexicains qui cueillent les fruits et les légumes pour un salaire dérisoire. Aux yeux de tous, cette belle emmerdeuse ne changera jamais et Gabrielle fait tout en son pouvoir pour leur donner raison. Manifestations, mobilisations syndicales et protection des travailleurs immigrants, elle possède une compétence irréfutable à se faire des ennemis. Une nuit, sa maison est endommagée par le feu et son amant mexicain est assassiné.

 

Évidemment, tous suspectent Gabrielle et même le Chef se laisse aller à certains doutes. Ce « Chef » est vraiment un personnage intéressant : chef de la police de l’île d’Orléans, il a pris sa retraite. Vivant quelques difficultés maritales (il a été l’amant de Gabrielle pendant sa réinsertion sociale), il réside sur son bateau avec son chien Karla. Grand lecteur, il compare son libraire à un thérapeute et la lecture à une thérapie. Il survole cette histoire avec intelligence et le regard qu’il y jette est très pertinent. D’ailleurs, l’auteure a choisi de lui donner la parole dans certains chapitres où il devient narrateur.

 

Alors, sans nécessairement suivre à la lettre et au quotidien l’enquête des policiers, Marie-Ève Sévigny nous propose une vue panoramique de la vie sur l’Île, de ses habitants et de leurs habitudes. Et aussi, par la force des choses, sur la situation des travailleurs mexicains sur les fermes au pays de Félix Leclerc.

 

Je vous recommande grandement ce polar de Marie-Ève Sévigny. Déclinant une actualité récente et portant notre regard sur le respect de cette terre qui nous est prêtée, mêlant les beautés de l’île d’Orléans aux horreurs des suppôts du pétrole et de leurs complices politiques, ce polar est criant de vérité. Malgré toute cette noirceur, vous lirez une bonne, une très bonne histoire. Vous vous éprendrez de personnages (et je ne vous ai même pas parlé de Violette Fortuné qui devrait prendre du galon dans les prochaines aventures …) tout en nuances et finalement, vous découvrirez une auteure très douée.

Avouez que vous en aurez pour votre argent. La preuve, voici quelques extraits :

 

« Je ne saurais pas dire quand exactement cette histoire a commencé, mais je me souviens très bien du moment où elle s’est mise à mal finir. »

 

 

« L’amateur de polar est un sadique qui n’ose pas passer à l’acte et, sur cet aspect, j’étais un terrible Hannibal Lecteur. »

 

 

« L’intelligence ne vaut pas un clou sans le jugement … »

 

 

 

Et la meilleure, celle que j’aime tellement : « Certaines femmes sont condamnées à devenir la plus grande qualité de leur mari. »

 

Bonne lecture !

 

 

Sans Terre

Marie-Ève Sévigny

Héliotrope Noir

2016

268 pages

 

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