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Publié par Richard

Jean Charbonneau nous avait déjà surpris avec un polar tout à fait passionnant « Tout homme rêve d’être un gangster ». Roman historique et polar faisaient une belle équipe pour nous faire découvrir le Montréal mafieux du début du XXe siècle. Gagnant du prix Saint-Pacôme du meilleur premier roman de l’année 2013, l’oeuvre suivante de cet auteur devait atteindre une qualité supérieure, si non au moins égale.

« Camus doit mourir » confirme le talent de Jean Charbonneau comme auteur de romans historiques ayant une touche plus ou moins prononcée de romans noirs. Et franchement, cette troisième oeuvre me semble être encore meilleure que les deux premières. Et allons-y franchement, si vous tenez à ce que j’assigne une catégorie à ce roman, passez votre chemin. J’en suis incapable … et c’est tant mieux comme ça !

« Camus doit mourir » est un excellent roman. Et avec ce titre accrocheur, il est grandement temps que je vous parle de l’histoire.

Paris, août 1944, le navire nazi coule. Les Américains et les hommes du général Leclerc sont aux portes de la Ville lumière. Comme il se doit, les rats désertent le navire avant même que le capitaine ne provoque son retour vers son Créateur (qui ne doit pas en être très fier !). Les Allemands quittent Paris précipitamment, les Français respirent enfin même si tout n’est pas encore joué. Et ce ne sont pas tous les Français qui fêtent d’avance leur Libération. Les collabos et les membres de la Milice voient la fin de la guerre avec le sentiment de vivre leurs derniers jours. Leurs jours de gloire s’achèveront probablement dans la violence, avec des actes aussi terribles que ceux qu’ils ont commis.

Même s’il est résigné, Francis Béard est convaincu qu’il doit faire un dernier geste pour passer à la postérité, pour devenir une célébrité française : tuer Albert Camus ! Pourquoi Camus ? Ce membre de la milice aux méthodes cruelles voue une admiration sans bornes à Louis-Ferdinand Céline et comme Camus est déjà considéré comme un des meilleurs écrivains contemporains, sa disparition confirmerait la place de Céline au panthéon de la littérature française.

Le lecteur crapahute littérairement dans un Paris en détresse, entre les pensées noires du milicien célinien et la réclusion de Camus, protégé par les collabos et les communistes qui le couvent dans un appartement miteux. Béard, toujours effrayant dans ses plans meurtriers pour enterrer « L’étranger » et son créateur, devient doux comme du coton quand il parle à son chat. Camus vit dans sa prison comme Sisyphe où chaque jour est un éternel recommencement de la journée d’avant ; seule la belle Ève l’aide à supporter son statut de prisonnier en liberté.

Au départ, nous savons tous que Camus survivra à la Deuxième Guerre et qu’il pourra continuer son œuvre … (mais pas se rendre au Panthéon !!!) mais ce serait là nier le pouvoir de la fiction littéraire et le libre arbitre de l’auteur. Malgré tout, le lecteur se laisse aller au rythme des deux personnages vers une finale inéluctablement dramatique, imprévisible. L’homme révolté devant l’absurdité de la vie …et de la mort !

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. L’histoire bien racontée se donne des allures de vérité au travers de l’Histoire que l’on connaît. En même temps, le lecteur se doute bien que le romancier a pris quelques libertés et parsemé le récit de faits et gestes nés de son imagination. Par exemple, je ne peux passer sous silence la scène où le milicien déguste un succulent dos de lapin rôti. Inoubliable !

Je vous recommande sans aucune réserve ce livre de Jean Charbonneau, que vous soyez amateur de polars ou pas, ce récit inclassable ( et ça, c’est un compliment !), se rapprochant plus du roman historique tout en faisant partie de cette tendance, ma foi très agréable, de la fiction biographique. Vous avez lu Camus ? Vous retrouverez l’auteur et peut-être des réponses à quelques questions que vous vous êtes posées. Vous ne connaissez pas Camus ? Alors, « Camus doit mourir » vous intéressera quand même et peut-être qu’ensuite, « L’étranger » se retrouvera dans votre liste de future lecture. De même que les prochains ouvrages de Jean Charbonneau.

Quelques extraits :

« - Les polars, c’est pour les abrutis. Ce n’est pas de la littérature. C’est du journalisme déguisé. Je parie que tous les auteurs de polars piquent leurs histoires dans les journaux à sensation : les meurtres scabreux, le cambriolage des bijoux d’une aristocrate quelconque, les manigances démoniaques d’un esprit pervers. »

« Les perdants ne sont jamais magnifiques. »

« Tout ce que son père lui a légué est son nom de famille et le fardeau de la peine de sa mère. »

Bonne lecture !

Camus doit mourir

Jean Charbonneau

Québec Amérique

2016

246 pages

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Commenter cet article

Wistiti 21/09/2016 17:12

Une petite lecture rapide sans grand intérêt sur le plan littéraire.

Recommandation sans réserve ? MDR

Alex-Mot-à-Mots 20/09/2016 13:48

Quel titre !

Richard 20/09/2016 13:59

En effet !