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Publié par Richard

Les enfants désobéissants finissent toujours par être abandonnés.

Les enfants indociles

Les enfants indociles de Marie Charrel

Toujours dans ma veine de m’éloigner un peu (pas trop loin, quand même …) du polar, j’ai eu le grand plaisir de lire « Les enfants indociles » de Marie Charrel. Quelle belle et bonne surprise ! J’ai tout simplement adoré ! Autant j’ai aimé l’histoire (presque un thriller …), autant j’ai aimé le style et l’écriture de Marie Charrel.

Je vous le dis d’entrée de jeu, je vous recommande fortement la lecture de ce merveilleux roman qui saura vous charmer de bien des façons.

Claire Jarnon est une jeune femme taciturne, solitaire et sans grandes ambitions. Sa vie tourne autour de son emploi de rédactrice d’horoscope quotidien et de sa grand-mère, une auteure à succès, excentrique et anticonformiste. Madeleine Jarnon vit dans une résidence pour personnes âgées depuis plus d’un an. C’est elle qui a élevé Claire, sa mère et son père ayant tour à tour quitté le foyer sans un mot d’avertissement. La grand-mère a tenté, avec plus ou moins de succès, de combler ce vide, cet abandon, en offrant à Claire, une enfance déjantée, peuplée de surprises et de défis à surmonter.

Un jour, Claire apprend que sa grand-mère a disparu. Évaporée dans la nature. Plus aucune trace d’elle. Serait-elle abandonnée encore une fois ? Est-ce son unique destin d’être quittée par les gens qu’elle aime ? Cela lui semble impossible ! Elle décide donc de partir à sa recherche.

Et comme son extravagante grand-mère ne fait rien comme les autres, très rapidement, Claire recevra une série de lettres, lui offrant des défis à surmonter. Et cela, en se servant de la phrase qui animait toujours les jeux de sa jeunesse : "cap ou pas cap ?"

À travers des épreuves qui semblent parfois loufoques, parfois effrayantes, Claire partira à la recherche d’elle-même, de ses peurs et de ses ambitions secrètes. Rencontrant des personnages farfelus, dépassant ses propres limites, elle se plongera dans l’imaginaire littéraire de sa grand-mère pour combattre graduellement, l’héritage particulier de sa jeunesse marquée par l’abandon. Comme un poussin naissant, Claire brisera sa coquille, son armure, en réalisant chaque épreuve de son parcours. Entre autres, porter des chaussures zombies pendant toute une journée, poser nue, démissionner de son emploi, etc.

Marie Charrel nous propose ce conte moderne comme une chronique consacrée à la vie. Et en même temps, elle met en scène une allégorie, preuve vivante des bienfaits de la littérature. Claire, c’est un peu, beaucoup nous, qui grâce aux personnages, au récit et à l’imaginaire des auteurs que nous rencontrons, nous permettent d’enjoliver la vie et d’apprendre ce qui nous habite vraiment. La littérature demeure un miroir fidèle de ce que nous sommes, mais surtout, de ce que nous devrions ou voudrions être.

En prime, Marie Charrel nous charme avec une écriture toute en nuances, avec une poésie intime et inspirante. Les extraits des romans de la grand-mère Magda (surnom de Madeleine) mettent une touche onirique au récit et participent grandement à la beauté de l’écriture. Préparez-vous à passer par une gamme d’émotions fort variées, du ludique au tragique, de l’excentrique au dramatique, et ce, toujours avec une écriture créative et limpide. Marie Charrel réussit le défi de nous amener au-delà des mots et de s’adresser directement à nos sentiments.

Je vous recommande grandement ce roman pour le plaisir de lire, pour découvrir une auteure remarquable et surtout, pour jouir du bonheur qu’apportent les idées et les phrases de ce récit.

En voici quelques exemples, juste pour vous mettre l’eau à la bouche, vous mes lecteurs, enfants indociles !

« Cet enfant-là avait un don très spécial. Il murmurait à l’oreille des anges. »

« - Maman, murmura Claire et le mot lui écorcha les lèvres.

Les « m » comme des petits poignards. Les « a » tels des épines.

Maman. »

« Alors que certains nourrissent cette illusion longtemps, parfois même toute leur vie, Claire avait compris qu’elle n’était pas une personne spéciale. »

« Elle avait des seins comme des brioches chaudes à peine sorties du four, des hanches comme celles d’une contrebasse enchantée. Et ses fesses ! Je vais vous confier quelque chose, souffle-t-il en se penchant un peu plus. Ces fesses étaient aussi belles que la croupe des Brésiliennes. »

Et un titre formidable : « De l’art d’oser la folie pour trouver la sagesse. »

Et enfin, je m’arrête ici, car j’en aurais des dizaines d’autres … : "Ta grand-mère était une enfant indocile. Elle est devenue une femme libre. »

Bonne lecture !

Les enfants indociles

Marie Charrel

Rue Fromentin

2016

236 pages

Une présentation du roman

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 19/06/2016 12:33

Et le style et l'histoire, un beau doublé.

Richard 19/06/2016 13:01

Et une auteure fort sympathique !

Velidhu - Que lire ? 18/06/2016 21:35

Je l'ai lu il y a quelques semaines et j'ai beaucoup aimé aussi. Une très belle découverte autant pour l'histoire que pour l'écriture !

Richard 18/06/2016 21:40

Nous sommes d'accord ! Si vous avez des découvertes de ce type, n'hésitez pas à m'en faire part. Bonne lecture !