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Publié par Florence Meney

Par Florence Meney

 

Pendant des pages et des pages de ma lecture de L’envers de l’espoir, de l’Allemande Mechtild Borrmann, j’ai eu du mal à discerner en quoi le roman pouvait être étiqueté comme policier. Et pourtant, il n’y a pas à dire, l’intrigue policière y est bel et bien présente, complète et bien étayée. Mais c’est sans doute qu’elle s’intègre avec une parfaite harmonie et même qu’elle se subordonne à la richesse d’un récit qui suit avant tout les destins humains, d’hommes et surtout de femmes qui se croisent, s’aiment et se tuent, évoluant à travers les décennies marquées par l’apogée puis la chute du Bloc communiste. Avec, symbole ultime de l’absurdité mortifère du totalitarisme, la tragédie de Tchernobyl.

 

L’histoire

 

Une femme vieillie avant l’âge par la solitude et la souffrance, Valentina, vit ou plutôt survit dans l’indigence absolue, au coeur de la zone interdite de Tchernobyl. Elle y attend désespérément le retour de sa fille disparue dans le sillage d’autres jeunes femmes, parties pour échapper aux ruines de leur monde vers des promesses de cieux plus cléments et d’une vie facile en Allemagne. Dans un cahier, à la lumière rare et pour tromper l’angoisse de l’absence, Valentina relate pour sa fille les années d’horreur et de mensonges qui ont entouré la catastrophe de la central nuclaire, dont la gravité a longtemps été niée par les autorités soviétiques et dont les consequences se ressentent encore aujourd’hui. Loin de là, dans une campagne allemande, un homme solitaire recueille une jeune fille traquée par un groupe de malfaiteurs sans merci. En Ukraine, un enquêteur brave l’interdit de ses patrons pour tenter de remonter à la source d’un traffic humain. Le passé des protagonistes, leur present et puis leur avenir ou plus souvent son absence se déploieront sous nos yeux pour se rejoindre en un paroxysme implacable et désespérant de lucidité.

 

L’envers de l’espoir est un roman magnifique, tracé d’une plume poétique qui jamais ne succombe au lyrisme facile. L’auteure parvient à faire surgir des ruines dévastées de la campagne entourant Tchernobyl la beauté d’un soleil hivernal et la grandeur d’une âme droite qui tente de survivre, contre toutes probabilités. Celle qui s’est aussi distinguée à travers quatre autres romans semble trouver sans effort les liens légers et forts qui vont nous attacher à ses personnages, ces êtres lourds de leur passé et de leur origine, tous, dont l’étoffe est tissée dans les larmes et l’abandon, dans la lâchetés des gouvernants aussi. Car L’envers de l’espoir est aussi et peut-être avant tout un réquisitoire sans appel contre les régimes politiques des pays de l’Est de l’après-guerre, l’auteure renvoyant dos à dos communistes et régimes du monde dit libre.

 

Au passage et sans jamais trop s’appesantir, le roman touche une foule de sujets encore brûlants d’actualité, de l’enfance martyrisée aux disparités sociales, en passant par la force du mensonge et l’incommunicabilité entre les êtres.

 

À lire, absolument.

 

L’envers de l’espoir
Mechtild Borrmann

Éditions du masque

2016

L'envers de l'espoir

Commenter cet article

Wistiti 06/08/2016 23:51

Et l'écriture ? Aucune allusion... affligeant.