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Publié par Richard

« Elle avait envie d’avoir mal partout et néanmoins de continuer, elle aurait voulu que son corps ne soit plus qu’une immense douleur, parce que c’était la seule façon qu’elle connaissait de rester en vie. »

"Jusqu'à la chute"

Jusqu'à la chute de Catherine Lafrance

Attention ! Derrière cette couverture, qui semble tout innocente, tranquille, se cache un roman noir profond, une lente descente aux enfers qui vous fera frémir! « Jusqu’à la chute » est le roman du deuil, le deuil d’une personne qui part et dont l’absence enlève tout désir de vivre. Mais ce roman de Catherine Lafrance est aussi le roman de l’espoir, celui qui nourrit notre résilience et nous transporte vers la lumière. Celle qui éclaire, de loin, les jours trop sombres.

« Jusqu’à la chute » est le troisième roman de Catherine Lafrance ; je n’ai pas lu les deux premiers, mais j’avoue que la tentation est forte d’aller voir la progression de cette auteure. Auteure qui, je pense, aime prendre des risques … et les assumer. Et à qui cela réussit bien.

« Jusqu’à la chute » est construit autour de trois personnages principaux.

Laura est cadre des ressources humaines dans une entreprise bien cotée. Son fils de 20 ans meurt tragiquement d’une façon très particulière (aucunement question de dévoiler cette partie de l’histoire !). Depuis sa mort, elle s’est lancée corps et âme dans le travail, l’alcool et la course à pied.

Lors d’une ballade à vélo, Éric est épargné par un accident fatal qui frappe sa femme, son frère et son meilleur ami. Au moment de ses crises d’angoisse, il monte sur le toit de l’édifice où il habite avec l’intention de se jeter dans le vide. Après quelques minutes, il hésite, laisse passer un moment, la crise s’atténue et il fait marche arrière. Jusqu’à la prochaine fois !

Joe est un jeune Amérindien qui a dû quitter sa réserve pour fuir un passé qui le poursuit et le hante. Après avoir provoqué un incident grave, mais surtout pour fuir une mère aussi maternelle qu’un AK47, il décide de se rendre dans la grande ville, au Sud, retrouver un oncle qui lui a promis un emploi. Le voyage sera difficile, ponctué d’embûches et d’espérances.

Et l’auteure, par ses mots et son style très sensuel, arrive à nous faire partager ses sentiments, son empathie pour des personnages au bord du précipice. On s’identifie rapidement à ces personnes ordinaires qui un jour, voient leur vie basculer. D’un seul coup! Catherine Lafrance entoure ses lecteurs dans un cocon de sensualités enveloppantes et nous plonge, sans avertissement, au cœur du malheur de ses personnages.

Grâce aux talents de l’auteure et malgré la noirceur de ces trois êtres malheureux, on s’attache aux personnages pour ne leur souhaiter que du bien. Tout au long de ces trois histoires racontées parallèlement, on sent l’inéluctable chute, la descente dans le précipice vertigineux du destin. Même s’ils n’ont rien en commun sauf leur malheur, leurs courts moments de joie si furtifs et leur fragile résilience, nous devinons qu’une rencontre est inévitable. Et que probablement, ce sera un choc !

Et pour nous, amateurs de polars et de thrillers, nous terminons notre lecture en appréciant le sens du suspense de l’auteure. Le roman est haletant, les fins de chapitres nous poussent toujours à continuer notre lecture et le rythme demeure effréné malgré quelques descriptions quand même fort nécessaires.

Catherine Lafrance est une auteure à découvrir et je crois que le public friand de polars trouverait un roman à la mesure de ses attentes. J’ai commencé ce roman en pensant que je me reposerais du polar ; au contraire, j’ai été convaincu que l’auteure pourrait être avantageusement comparée à nos auteurs de thrillers préférés.

Je vous recommande « Jusqu’à la chute ». Vous serez conquis !

Et moi, comme amateur de polars, je me souhaite vraiment que Catherine Lafrance se lance dans l'écriture d'un polar. Je suis convaincu qu'elle y réussirait très bien ...pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Voici quelques extraits qui ont retenu mon attention :

« C’était facile, au fond. Il n’aurait qu’à se laisser emporter, le corps libre de toute entrave, l’esprit en apesanteur. Le souffle de l’été, chaud et humide, serait comme une caresse sur sa peau durant la descente, et peut-être sentirait-il même le parfum des fleurs accrochées aux balcons devant lesquels il passerait forcément. Qui sait ce que l’on perçoit dans des moments comme celui-là … »

« Bien sûr, c’était un bonheur timide, un bonheur qui marchait sur la pointe des pieds, mais c’était du bonheur. »

Et une très belle phrase de l’auteure dans sa présentation, à la fin du roman : « … même devant la mort nous ne sommes pas tous égaux. Les laissés-pour-compte, les marginaux, ceux qui portent leur misère tout au long de leur vie, les sans-papiers, les sans-espoirs, ceux qu’on a blessés, stigmatisés, écartés, ceux devant qui l’on passe sans les voir, les invisibles à nos yeux… ceux-là n’ont pas de deuxième chance. »

Bonne lecture !

Jusqu’à la chute

Catherine Lafrance

Druide

2015

324 pages

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Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 06/06/2016 13:16

Me voilà tentée par cette lecture.

Richard 06/06/2016 13:53

Je suis certain que tu vas aimer !