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Publié par Florence

Inhumaine de Patricia Cornwell

Par Florence Meney

Les amateurs de l’univers sombrissime des enquêtes de l’experte médico-légale de Virginie Kay Scarpetta retrouveront avec plaisir leur héroine, ce quasi alter-égo de l’auteure américaine Patricia Cornwell, dans son roman Inhumaine, publié en français chez Flammarion. Fidèle au reste de son œuvre substantielle (plus d’une vingtaine de romans tous plus touffus les uns que les autres), la maitresse du polar médico-légal offre au lecteur un plongeon haletant dans un univers oppressant où règne le crime et où le mal rôde dans les moindres recoins, n’accordant aucun repos aux protagonistes.

Le Mal est partout et il est féminin

Kay Scarpetta enquête cette fois encore sur une mort pas ragoutante (à quand un macchabé appétissant ?) et hautement suspecte. Un cadavre bien juteux est retrouvé dans une vieille demeure de Cambridge. Jusque là, rien que de la routine pour l’experte, jusqu’à ce qu’une glaçante vidéo impossible à arrêter surgie sur son téléphone ne vienne plonger Scarpetta dans l’horreur de la menace faite à ses proches. Quel esprit maléfique cible-il ainsi dans ces images la nièce adorée de l’enquêteuse ? Les vieux fantômes de Scarpetta sont-ils revenus la hanter sous les traits de Carrie Grethen, psychopathe de génie ? Thème récurrent chez l’auteure, son héroine se retrouvera entièrement seule pour affronter les forces des ténèbres qui menacent de pulvériser son monde et d’anéantir ses êtres chers. Inhumaine nous ramène, un peu vieilli mais guère assagi, le comparse malcommode de Scarpetta, le détective Pete Marino, cet attachant malotru, en plus du mari de l’experte, l’agent du FBI Benton Westley. Bien sûr, comme toujours chez Cornwell, le fil complexe de l’intrigue se nouera et se dénouera jusqu’aux ultimes pages, faisant au passage la terre brûlée sur toutes les certitudes. Car le monde de Scarpetta (et sans doute celui de Cornwell) est un monde de complot, de violence et de cruauté, où l’homme est un loup pour l’homme et où les technologies de pointe sont mises au service des violations de la vie privée des individus.

Hymne à la froideur

Au fil de ses ouvrages, Patricia Cornwell a prouvé son impeccable maitrise du genre ainsi que sa capacité à renouveler les intrigues et à conserver intact l’intérêt des lecteurs pour ses écrits. Cependant, la froideur de son approche et la distance infranchissable qu’elle impose vise à vis de son personnage de tête et dans une moindre mesure de tous les autres (hormis Marino, dont le corps empâté semble touché par une sorte de grâce) empêche dans Inhumaine comme dans les romans précédents l’auteure de cette chronique d’éprouver une quelconque empathie, ce qui, avouons-le, limite un peu le plaisir de la lecture. Sans avoir à offrir des personnages roses et bleus, un roman policier, pour susciter l’adhésion du lecteur, doit savoir insuffler à son héros (ou son anti-héros) des caractéristiques, positives ou négatives, mais accrocheuses, qui donneront envie de s’y attacher, même si ce n’est que pour mieux le détester. C’est à mon sens le défaut principal de l ‘œuvre de Patricia Cornwell, mais cette réserve est toute personnelle et sa valeur est tout à fait relative quand on sait que la romancière a vendu 100 millions de livres traduits en 36 langues.

A propos de Patricia Cornwell

Patricia Cornwell est née à Miami, en Floride. Chroniqueur judiciaire, elle fut informaticienne au bureau du médecin légiste (Chief Medical Examiner) de l'État de Virginie, où elle assista à ce titre à un nombre considérable d'autopsies. Elle est membre émérite de l'Académie internationale du John Jay College de justice pénale dédié à l'étude des scènes de crime, et a contribué à fonder l'Institut de sciences médico-légales de Virginie..

Inhumaine

Patricia Cornwell

Une enquête de Kay Scarpetta

Flammarion

2016

Derrière un roman, il y a beaucoup de travail !

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 10/06/2016 13:46

Un auteur au sacré parcours professionnel.

Richard 11/06/2016 17:49

Tout à fait, Alex !