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Publié par Richard

"Intérieur nuit" de Marisha Pessl

Le polar est un genre littéraire en pleine croissance et ce qui est extraordinaire avec lui, c’est que les auteurs peuvent se permettre d’en transgresser les règles en et repousser les limites. Marisha Pessl, à son deuxième ouvrage, nous offre ce genre de roman, tout à fait hors-norme, passionnant et rempli d’éléments surprenants.

J’avais adoré son premier opus, « La physique des catastrophes » un roman atypique où les personnages (le père professeur d’université et sa fille) nous faisaient voltiger dans des échanges philosophiques et scientifiques qui nous transportaient au royaume du plaisir de lire. Dans ce nouvel ouvrage, « Intérieur nuit », l’auteure se lance dans une entreprise « casse- gueule », un roman de plus de 700 pages où elle doit accrocher l’intérêt de son lecteur, lui donner matière à continuer sa lecture et surtout, lui fournir tous les indices pour l’amener à la finale de son histoire. Et quand on y arrive, on en voudrait encore !

Et je peux vous dire qu’elle a parfaitement réussi… Grâce à son style, à son talent. Marisha Pessl vous attrape au premier chapitre et vous embobine jusqu’à la dernière page, sans jamais vous ennuyer. Au contraire, elle vous surprend presque à chaque chapitre. Lire « Intérieur nuit » c’est une explosion de plaisirs, un feu d’artifice sur une musique de Mozart que l’on regarde de son siège avec un verre de Sancerre. Rouge, évidemment !

Scott McGrath est journaliste d’investigation, celui « … qui irait en enfer uniquement pour interviewer Lucifer ». Très populaire, il était de toutes les tribunes, on le craignait, il voyait tout. Un jour, dans une émission de télévision, emporté par son succès, il dit des choses infâmes sur un cinéaste marginal ayant une grande influence dans le monde. Le réalisateur, Stanislas Cordova, lui intente une poursuite, McGrath perd et se fait fermer les portes par de tous les grands journaux du pays. C’est la déchéance !

Un jour, la fille du metteur en scène, Ashley Cordova, est retrouvée morte dans un entrepôt d’un quartier industriel. De l’avis général, c’est un suicide ; mais pas pour McGrath. Son « obsession » contre le cinéaste Stanislas Cordova le pousse à enquêter sur toute cette histoire, sans moyen, juste avec son intuition. Et ce, même si la dernière fois qu’il s’est attaqué à cet homme, il a tout perdu: son job, sa famille, son argent.

Le journaliste déchu fouillera donc tous les éléments de la vie de la fille de son ennemi et remontera la filière, parfois dangereuse, de la vie de ce cinéaste qui est resté terré dans son domaine depuis trente ans.

Quel prix, Scott McGrath est-il prêt à payer pour démasquer l’homme qui l’obsède ? Jusqu’où est-il prêt à aller ? Réussira-t-il à découvrir tous les mystères de ce personnage adulé et les messages que cache sa filmographie ?

Marisha Pessl nous entraîne dans un tourbillon hallucinant de faits, d’articles de journaux, de photos, de sites Iinternet et de scènes de film qui alimentent l’obsession de McGrath et notre intérêt pour le récit. On se laisse embarquer et parfois même, nous sommes subjugués … tellement que l’on se met à douter de la ligne qui sépare la fiction d’une possible réalité. Le lecteur participe vraiment à l’intrigue en lisant ce que les personnages lisent, en regardant ce que les personnages regardent, en voyant les photos et les articles de journaux ; bref, le lecteur devient acteur de ce roman et s’en imprègne facilement.

Quand la fiction frôle la réalité, cela donne des scènes absolument fascinantes où le lecteur s’invite dans la pensée du personnage, vit avec lui son parcours et les émotions qui l’accompagnent et frissonne de plaisir à la fin d’un chapitre. Futur lecteur, tu me diras comment tu as vécu avec Scott McGraw, la visite des studios de cinéma. Une scène d’anthologie !

« Ces décors étaient des narcotiques ; ils gouvernaient mon cerveau à un point tel que je n’avais pu penser à rien d’autre. »

Du grand art ! Un excellent polar !

Marisha Pessl nous offre un roman qui devrait plaire à la grande majorité des lecteurs de polars. Tous les ingrédients y sont pour aller titiller la fibre de curiosité des polardeux que nous sommes. De plus, elle possède un style qui permet une lecture facile, fluide; elle peut, au détour d’une page, vous impressionner par une phrase pleine de poésie, une analogie frappante, une idée géniale. Marisha Pessl vous séduira autant par son écriture que par la construction de son intrigue.

Malheureusement, cette auteure est victime de la qualité de ses romans. Comme ce sont des pavés qui demandent des recherches imposantes, le lecteur doit attendre très longtemps avant de se plonger dans le prochain livre. Après « La physique des catastrophes », il a fallu attendre huit ans avant de lire « Intérieur nuit ». Mais l’attente en valait la peine !

Je vous conseille ce roman avec beaucoup de conviction, car je suis presque certain qu’il pourra plaire aux lecteurs de polars qui aiment se plonger dans un pavé … et non dans la mare!

Quelques extraits :

En parlant de sa fille : « Elle semblait déjà savoir ce que j’avais mis quarante-trois ans à comprendre : même si les adultes étaient grands, ce qu’ils savaient, y compris d’eux-mêmes, était petit. À trois ans, elle avait découvert le pot aux roses. Et telle une prisonnière innocente qui avait eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, Sam était résignée à purger sa peine (l’enfance) avec ses geôliers ineptes (Cynthia et moi) en attendant sa libération conditionnelle. »

"Il semblait qu’à l’âge d’Internet les pianos, comme les livres, devenaient une espèce en voie de disparition. Ils le resteraient sans doute, à moins qu’Apple invente l’iPiano, qui tiendrait dans la poche et pourrait être joué par SMS interposés. Avec l’iPiano, vous deviendrez un iMozart. Vous pourrez alors composer votre propre iRequiem pour votre iEnterrement, le tout vu par des millions d’iAmis qui vous iAimaient."

« Il parlait délicatement comme si le moindre mot était un objet qu’il fallait épousseter et brandir à la lumière. »

« C’est facile d’être soi-même dans le noir. »

Bonne lecture !

Intérieur nuit

Marisha Pessl

Gallimard

2015

715 pages

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 08/01/2016 14:06

Je sens qu'il est pour moi.... pour les prochaines grandes vacances !

Richard 08/01/2016 15:00

Ça te fera de belles vacances ! Bon weekend !