Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Richard

"Prendre Lily" de Marie Neuser

« J’étais peut-être un flic sacrément malin, je n’en demeurais pas moins un con. »

Commencer la lecture d’un livre de Marie Neuser entraîne à chaque fois son lot de surprises littéraires. Aucune recette transcrite de livre en livre, chaque roman est inclassable dans les petites cases des différents genres. Si vous pensez pouvoir dire que l’auteure écrit un polar, Marie Neuser se fait un plaisir d’en transgresser toutes les règles avec un plaisir presque sardonique.

J’avais éprouvé cette sensation d’étrangeté lors de ma lecture de « Un petit jouet mécanique ». « Prendre Lily » est venu confirmer cette impression : Marie Neuser m’étonnera toujours. Dès le début du récit (tiré d’un fait réel), le lecteur est tout de suite mis en présence du suspect principal. L’intérêt de l’histoire n’est pas de découvrir l’auteur du meurtre, mais plutôt d’accompagner le détective Gordon McLiam dans son enquête sur ce psychopathe qu’est Damiano Solivo, suspecté de l’assassinat crapuleux de Lily Hewitt.

12 novembre 2002. Lily Hewitt est trouvée par ses deux filles, dans sa baignoire, t-shirt remonté et pantalon baissé. Ses seins découpés ont été placés à côté de son corps et elle tient entre ses doigts deux mèches de cheveux, coupées avec soin.

Pas loin de chez elle, vit Damiano Solivo, un être effacé, que tout le monde trouve gentil. Mais en secret, il est « victime » de ses manies, de ses déviances. Beaucoup plus loin, en Italie, une affaire non résolue ressemble en tous points au carnage meurtrier de Lily. Tout est là pour aider McLiam à résoudre ce meurtre, mais, à chaque occasion, il frappe un mur. Et de plus en plus, l’enquête se métamorphose en une obsession lancinante, presque névrotique.

Le lecteur se transforme en voyeur, il habite le cerveau de l’enquêteur, analyse avec lui toutes les données, les faits et les présomptions, porte des jugements et anticipe la fin de son calvaire. « Prendre Lily » est le roman des obsessions d’un policier, quand un drame prend toute la place, quand la poursuite d’un criminel devient le seul enjeu, l’unique objectif qui hante son esprit, son âme et sa vie. Ce récit vous permettra de vivre « avec » l’enquêteur, de le comprendre, dans le moindre recoin de sa psychologie.

De plus, le lecteur se régalera du style d’écriture de Marie Neuser : sensibilité, humour parfois grinçant. Une plume pleine de poésie qui au détour d’une phrase, d’une image, vous transporte, vous charme et vous séduit … malgré l’horreur, malgré les violences.

Quelques extraits :

« Lily Hewitt n’était rien d’autre qu’un miroir brisé. »

Avez-vous déjà lu une description d’une salle d’interrogatoire comme celle-ci ? : « … ici c’est exigu, éclairé violemment par un néon. C’est fait exprès, c’est pour mettre à nu. C’est pour jouer avec les nerfs et décupler la fatigue. C’est pour blesser les yeux après la pénombre de la cellule. Ici les chairs sont crues. Les plus belles femmes se retrouvent cernées et flétries, les armoires à glace deviennent des chatons, il n’y a pas d’ombre où se cacher. C’est le réservoir des vérités éreintées. »

« Le front plissé, la bouche ouverte, on contemple Daphné qui, d’une douceur de maîtresse d’école, vient de nous plonger le nez dans le caca. Comme toujours, sa chevelure a mis son habit du soir, les boucles se sont échappées des barrettes et des pinces pour vivre en liberté autour de son visage et elle ressemble vaguement à une de ces dames pensives sur des tableaux préraphaélites. Elle ressemble à un tableau et nous à une bande de cons. »

Bonne lecture !

Prendre Lily

Marie Neuser

Fleuve noir

2015

524 pages

Note: "Prendre Lily" est le premier tome d'un diptyque sur un fait divers qui a secoué l'Italie et l'Angleterre.

Marie Neuser nous présente "Prendre Lily"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article