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Publié par Richard

Jeremiah par Hervé Gagnon

J’aime beaucoup les polars historiques ; en les lisant, j’ai l’impression d’apprendre des choses, de vivre et de découvrir une autre époque. Depuis l’extraordinaire Au nom de la rose d’Umberto Eco, je retrouve toujours avec plaisir ces personnages, qui ont existé ou pas, qui me transportent dans un ailleurs différent.

« Jeremiah » d’Hervé Gagnon possède toutes les qualités d’un excellent roman policier historique. Bien documenté (Hervé Gagnon étant historien …), une intrigue très bien ficelée et un personnage de plus en plus attachant, tous ces éléments complètent merveilleusement notre périple historique dans le Montréal des années 1890. En plus, comme dans son dernier ouvrage, « Jack », l’auteur introduit dans son récit des personnages réels, ayant joué un certain rôle dans la « grande Histoire » et qui, habilement, sème le doute dans l’esprit du lecteur, se demandant toujours si certains faits ou personnages sont réels ou fictifs. Je l’avoue, j’adore ce jeu du chat et de la souris, cette complicité littéraire entre l’auteur et son lecteur.

On retrouve donc dans « Jeremiah », le journaliste-pigiste Joseph Laflamme au moment où il pourrait faire son entrée dans la Grande Loge maçonnique du Québec, parrainé par l’inspecteur Marcel Arcand. Tout ne se passera pas comme prévu et un événement sordide viendra troubler la fin de la soirée. Un Noir a été assassiné, mutilé et pendu dans l’église de Sainte-Cunégonde dans un des quartiers les plus pauvres de Montréal. D’autres crimes suivront et des rapprochements se feront avec les horreurs perpétrées par les membres du Ku Klux Klan.

Parallèlement au travail des policiers et souvent avec plus de succès, Laflamme enquête sur ces meurtres et découvre des choses fascinantes. Le passage à Montréal de John Wilkes Booth, l’assassin du président américain Abraham Lincoln se révèle être un de ces éléments. L’enquête est complexe et comme à son habitude, l’auteur nous fait revivre certains événements historiques dans un contexte tout à fait fictionnel. Et on en redemande. Organisations secrètes, décryptage de phrases codées, manifestations de racisme et de violence, histoires d’amour et un regard acéré sur le journalisme et la force policière, tout cela enrichit l’histoire et alimente les nombreux rebondissements.

Et un des avantages de ce genre de série policière, le lecteur retrouve avec plaisir des personnages rencontrés précédemment, les connaît de plus en plus et s’y attache, comme si il se créait une certaine complicité. L’inspecteur Arcand dans cette relation un peu ambivalente avec le journaliste, la sœur de Laflamme, Emma, devenu femme d’affaires, toujours aussi « catho » même si elle se permet quelques « libertés » avec Georges McCreary, l’ex-agent de Scotland Yard qui avait aidé Joseph à résoudre l’affaire de « Jack ».

Pas de pédagogie avec Hervé Gagnon, aucun cours d’histoire ! Toutes les données historiques sont pertinentes, elles colorent habilement la noirceur des lieux et des événements. On ne sent jamais la recherche ou la dispersion d’informations inutiles ; l’environnement historique joue bien son rôle de décor à un récit bien implanté.

« Jeremiah », tout comme « Jack » (qui s’était mérité le prix de Saint-Pacôme du meilleur premier roman), est un thriller de haut niveau. On y retrouve tous les ingrédients pour en faire un polar qui pourra plaire aux lecteurs les plus exigeants. Et petit plaisir que je ne boude pas, Hervé Gagnon s’est même permis de nommer un personnage du nom de son ami et écrivain, Laurent Chabin. Un clin d’œil bien sympathique !

Alors, n’hésitez pas ! Pour les personnes en vacances, « Jeremiah » est un excellent choix, mais aussi pour ceux qui sont retournés au boulot, cette lecture adoucira votre retour au travail.

Quelques extraits :

« … les mauvais sentiments, c’est ce qui fait vendre les journaux, mon garçon. »

En parlant du Montréal de la fin du XIXe siècle ( … et peut-être plus tard, aussi ?) : « … une ville écartelée entre Canadiens français et Canadiens anglais, les premiers convaincus par leur religion qu’ils étaient nés pour un petit pain, les seconds ouvertement encouragés par la leur à accumuler le capital. Un mariage naturel, en somme, entre dominants et dominés. »

« Ma nuit a été courte au point de frôler l’inexistence. »

Bonne lecture !

Jeremiah

Hervé Gagnon

Expression noire

2015

353 pages

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