Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Richard

Le héros discret de Mario Vargas Llosa

Vous le savez, je suis un mordu de polars et de romans noirs. Mais je suis aussi un amateur de littérature blanche et je ne boude jamais mon plaisir quand, sur la gondole des nouveautés de ma librairie préférée, je vois un bouquin d’Umberto Eco (une de mes prochaines chroniques), d’Éric Dupont, de Jean d’Ormesson, de Gabriel Garcia Marquez ou de Suzanne Myre. Alors quand j’apprends que Mario Vargas Llosa vient de publier un nouveau roman, je me précipite.

« Le héros discret » m’a tellement plu, je l’ai lu comme un formidable thriller. Deux histoires qui m’ont passionné, une écriture fluide et accomplie et des personnages plus vrais que nature. Un grand plaisir de lecture en compagnie d’un auteur génial !

Quel plaisir !

Après quelques incursions au Congo, à Saint-Domingue et à Tahiti, Vargas Llosa, prix Nobel de littérature en 2010, revient dans son Pérou natal et nous raconte le destin de deux pères qui pourraient être ce héros discret du titre.

Qui sont ces deux hommes ?

Felicito Yanaqué a réussi à développer une affaire de transport et est maintenant à la tête d’une entreprise florissante. Passant presque inaperçu dans la petite ville où il habite, du jour au lendemain, il devient une vedette locale quand il refuse de céder à l’intimidation et au chantage mafieux. Ce geste de bravoure (?) lui apporte la célébrité, mais elle est accompagnée de soucis, de menaces, de peur … et chamboule sa petite vie tranquille avec sa famille et sa superbe maîtresse, Mabel.

Plus au sud, à Lima, Ismael Carrera est le patron d’une compagnie d’assurances. Devant la fainéantise de ses deux fils, des jumeaux, il leur remet une très bonne somme d’argent, les déshérite, se marie avec sa jeune servante et part en voyage de noces en Europe. Au grand dam de ces deux fils qui le croient cinglé et voient la fortune de leur père voguer allégrement vers sa nouvelle épouse.

Au milieu de ces deux intrigues qui ne se croiseront qu’à la toute fin du récit, nous rencontrerons des personnages hauts en couleur qui alimenteront notre bonheur de lecture par leur originalité, leur justesse et surtout leur capacité à nous faire sourire. Adelaida la voyante et le pulpero Lao seront de bon conseil pour Don Yanaqué. J’avoue un plaisir coupable à suivre l’enquête du sergent Lituma et du capitaine Silva, l’amateur de derrière féminin proéminent.

Dans l’entourage de Carrera, on rencontre son homme de confiance, le très important don Rigoberto. Lui aussi rencontre quelques problèmes avec son fils Fonfon mais il vit une belle histoire d’amour avec sa femme, Armida. Arrivés à l’âge de la retraite, ils rêvent à un voyage en Europe pour visiter églises et musées avec leur fils. Mais le mariage de son patron change la donne, les jumeaux de son patron obtiennent une injonction et sa retraite est différée.

Il ne faut pas oublier également l’énigmatique Edilberto Torres qui apparaît et disparaît comme par enchantement ; et Fonfon qui semble connaître beaucoup de choses de la vie de cette famille tranquille. Intrigant ou charmeur, ange ou démon ?

En toile de fond, l’auteur nous trace à grands traits, un portrait du Pérou d’aujourd’hui, un pays en croissance extraordinaire, ce qui provoque souvent la corruption et le crime.

Comme beaucoup de romans sud-américains, ce récit est foisonnant. Mario Vargas Llosa joue avec les éléments de suspense en alternant les histoires rocambolesques de Felecito et d’Isamel. Ce dialogue entre les deux intrigues est mené de main de maître. Dans un style qui se rapproche du roman-feuilleton, Vargas Llosa interpelle notre intelligence et notre esprit avec ses rebondissements étonnants et les émotions de ses personnages. Les plus belles pages de ce roman riche et touffu, vous les retrouverez dans les scènes d’amour et d’émotions érotiques entre Rigoberto et sa femme Lucrecia. C’est beau et touchant !

En filigrane, Mario Vargas Llosa nous parle de paternité, de relations père-fils, d’amour et de haine. Comme Rigoberto, Yanaqué et Carrera sont des pères, pas toujours présents, ni complètement compétents, mais leurs rapports avec leurs fils prennent une grande importance dans leur vie.

Et le style ! Et l’écriture ! Certaines pages sont structurées magnifiquement : sans avertissement, l’auteur nous transporte successivement dans trois scènes présentées comme une poupée gigogne. Un personnage raconte ce qui s’est passé, puis on entre dans ce dialogue au présent, puis encore une fois, on se retrouve au fond du miroir qui nous transporte dans un troisième endroit. Comme lecteur, on ressent alors un vertige tout à fait agréable et on en redemande !

J’étais tellement charmé par ce roman que j’aurais accepté une mauvaise finale, une fin banale. Mais c’est mal connaître l’imagination et la créativité de Vargas Llosa. On referme le roman avec un sourire béat, en regrettant de l’avoir terminé trop vite et en espérant que ce grand romancier continue de nous faire rêver très longtemps.

Mario Vargas Llosa est un grand parmi les grands. Il nous offre une œuvre romanesque fabuleuse tout comme son ami-ennemi, Gabriel Garcia Marquez. La littérature sud-américaine vaut la peine qu’on s’y attarde. « Le héros discret » en est un exemple frappant.

Quelques extraits :

Parlant du sexe de son vieil ami : « Ça m’émeut d’imaginer le bonheur que dut éprouver Ismael quand il sut qu’il avait encore, ce petit oiseau, et que, malgré un si long temps de silence, il recommençait à chanter – divagua Rigoberto, en s’agitant sous les draps. »

Quand les deux frères un peu crétins, demandent à Rigoberto si il a lu tous les livres de sa bibliothèque. Il répond : « Non, pas tous, encore … Mais j’estime qu’il y a plus de possibilités de lire un livre si on l’a à la maison que s’il est dans une librairie. »

« La fonction du journalisme à notre époque, ou, du moins dans notre société, n’était pas d’informer, mais de faire disparaître toute distinction entre le mensonge et la vérité, de remplacer la réalité par une fiction où se manifestait la masse abyssale de complexes, de frustrations, de haines et de traumatismes d’un public rongé par le ressentiment et l’envie. »

« Dans ce pays, on ne peut construire un espace de civilisation, même minuscule, conclut-il. La barbarie finit par tout dévaster. »

Bonne lecture !

J’ai eu l’immense plaisir d’acheter ce roman à la librairie TuLiTu de Bruxelles. En passant je voudrais inciter mes lecteurs de toute l’Europe à encourager cette oasis où il fait bon retrouver une grande sélection des meilleurs romans québécois. Je salue donc Dominique Janelle, libraire-propriétaire de cette superbe librairie et lui souhaite tout le succès possible dans ce lieu que j’ai beaucoup aimé.

Le héros discret

Mario Vargas Llosa

Gallimard

Du monde entier

2015

480 pages

Commenter cet article

dasola 02/08/2015 19:37

Bonsoir Richard, je compte lire ce roman dès que possible. Bonne soirée.

Richard 02/08/2015 19:47

Je suis certain que tu ne seras pas déçue ! Bonne lecture !

Alex-Mot-à-Mots 29/07/2015 17:59

Il a l'air pas mal du tout ! Et hop, noté.

Richard 29/07/2015 19:26

En effet, j'ai adoré !

zazy 28/07/2015 20:53

Un très grand écrivain que j'aime lire. Je prends note de suite !

Richard 28/07/2015 20:58

Bonne lecture Zazy ! Tu m'en donneras des nouvelles.

Lauraline 28/07/2015 07:42

Bien vendu l ami et c est promis, à notre prochain passage à Bruxelles nous irons à TuLiTu :-)