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Publié par Richard

"Métastases" un premier roman pour David Bélanger

Quel plaisir de lire un premier roman et de se dire, une fois le livre terminé: " je pense que cet auteur ira loin !" Non pas que je vienne de lire un chef-d’œuvre ni un roman sans défaut ! Non, non ! Mais un auteur plein de talents, avec une imagination débordante, un sens de l’ironie surprenant et une facilité à jouer avec la langue, tout cela réuni dans un premier roman plein de promesses.

Dans «Métastases», David Bélanger prend plaisir à torturer toutes les règles du polar et d’en faire une agréable salade de clichés, épicée par des personnages saugrenus et dégustée par des lecteurs au sourire continu. Voilà le menu ! Assez apétissant pour en demander une deuxième portion !

Éva Burns, une jeune femme à la réputation douteuse, est retrouvée assassinée. Elle a un défaut majeur : elle est belle et cela se voit !

L’enquête est confiée à deux policiers : Norman Petiroux, vieux flic typique des romans policiers, seul dans la vie. Il accompagne allégrement sa solitude avec les nombreux goulots des bouteilles d’alcool. Guy Descars (tiens, tiens !!), jeune flic, apprenti dans le métier, vient de se faire larguer par sa femme (les policiers de roman ont toujours beaucoup de succès auprès de leur douce…) et a connu un passé trouble, abusé sexuellement.

Et un troisième personnage intervient à quelques occasions, passant un commentaire sur l’enquête, échangeant un clin d’œil avec le lecteur, anticipant une réaction du lecteur, rappelant un moment important ou même jetant un regard amusé sur une situation : l’auteur, incognito ou presque, se glisse donc entre les moments d’action ou de réflexion pour nous accompagner dans notre lecture. J’adore ces moments !

Le lecteur est donc invité à participer à une enquête complètement déjantée où nos deux policiers font preuve de compétences suspectes et de raisonnement à l’emporte-pièce. Interrogatoires créatifs, enquêtes sur des terrains minés, raisonnements plus ou moins logiques, nos deux loustics avancent vers une résolution incertaine du crime.

« Métastases » est un plaisir de lecture différent ! Le Québec connaît peu d’auteurs qui se consacrent aux polars amusants. À part Patrick Senécal et sa série sur Malphas et les romans de François Barcelo, il y a de la place pour un auteur de romans policiers qui fait sourire … ou même rire.

Au même titre que Donald Westlake aux Etats-Unis, Arto Paasilinna en Finlande, Samuel Sutra en France et le Catalan Eduardo Mendoza, David Bélanger pourrait faire sa marque au Québec. Il possède déjà de nombreuses qualités essentielles à ce genre de romans, une facilité déconcertante à jouer avec la langue, un style jouissif, une imagination sans limite pour tourner habilement une phrase qui nous fait sourire et un sens de l’humour très efficace.

Pour ses prochains romans, j’aurais maintenant un défi à lancer à David Bélanger. Pour devenir un auteur complet de polars, il faudra, dans ses futurs romans, donner une place importante à l’enquête, au crime, au criminel et aux enquêteurs. Pour rejoindre les grands nommés plus hauts, il faudra installer un équilibre entre le polar et la comédie. Mais surtout, David, je me laisse aller à dire le contraire de ce que je viens de mentionner, ne quitte jamais les bois pour retourner dans les sentiers battus.

Amis lecteurs, ensoleillez les jours de pluie par cette lecture rafraîchissante et donnons-nous rendez-vous autour du prochain roman de cet auteur à découvrir !

Pour vous donner une idée du style de David Bélanger, quelques extraits :

« On voit de la satisfaction sur le visage de Petitroux : tous les policiers ne savent user du mot vétille avec autant d’à-propos. »

« Leurs deux visages reçoivent par grandes décharges d’images de lueurs diverses – parfois la lumière se fait crue et souligne les cernes de Descars, parfois elle s’apaise et tombe, duveteuse, sur la texture de gâteau dont semble être faite la joue de l’inconnue. »

« … elle garde tout de même ce parfum d’incohérence – mais qu’est-ce que ça sent, une incohérence ? »

« Il ne pousse pas la discussion, il la laisse s’étouffer sans égard pour nous, on s’ennuie à les regarder ne pas se parler, à concevoir l’abattement de Petitroux, à pénétrer ses pensées qui macèrent dans le jus de la fatalité, alourdies du pathos de se savoir à l’article de la mort – vous voyez, juste à en parler, on tombe dans le stéréotype, mais ne traitons pas de chute ici, ça porte malheur d’aborder ce sujet dans un ascenseur. »

Et juste pour mon plaisir, en espérant que l’auteur me le pardonnera, voici quelques titres de chapitre qui m’ont fait sourire … :

  • Au pied dans les plats ;
  • Là où nous voulions offrir un titre métaphorique sur le repas afin d’assurer une étrange continuité ;
  • L’agneau pleure dans une assiette ;
  • Le chemin des toilettes ;
  • Des avec plusieurs s ;
  • Épargnons-nous l’ellipse.

Bonne lecture !

Métastases

David Bélanger

L’instant même

2014

231 pages

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Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 07/08/2014 11:09

Le titrante me tentait pas trop, mais ce que tu en dis me mets l'eau à la bouche.

Richard 07/08/2014 22:16

C'est un jeune auteur qui ira loin, Alex !
Et j'ai bien l'intention de suivre sa carrière !
On s,en reparlera surement !

concierge Masqué 06/08/2014 22:18

Bonjour Richard
Ton article ma donner envie de lire ce roman, je l'ai commandé ;-)
je cherche a le contacté pour une interview pour mon blog www.concierge-masque.com
et peut être le qualifier pour un Prix littéraire ;-)
Amitié du Concierge et mon plus beau Balai en Hommage

Richard Contin

Richard 07/08/2014 22:14

Bonjour Richard,
Ce serait génial !
Veux-tu que j'établisse le contact avec toi ?
Donne-moi ton adresse mail en privé et je ferai le message à David.
À bientôt cher concierge !

Éliane 05/08/2014 23:50

Je te rejoins quand tu parles de l'équilibre entre le style et le contenu. J'ai beaucoup aimé sa façon de déconstruire la langue et le récit, d'interpeller son lecteur et d'inclure un peu de philo dans son propos. Il y a du Vargas dans ce jeune-là, mais il manque encore un peu de maîtrise sur son style et sur la manière de bâtir un polar. Cent fois sur le métier…

Mais j'ai très hâte de lire les suivants. S'il travaille un peu, nous pourrions nous réveiller avec un auteur de polar majeur dans le paysage!

Richard 05/08/2014 23:57

Tout à fait d'accord avec toi ! Et comme il est dans la jeune vingtaine ... il a l'avenir devant lui !
Bonne journée chère amie !
Au plaisir de "skyper" bientôt !!