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Publié par Richard

Un vent de cendres

« Et les années passent, sans attente, sans pansement. Sans rien. »

« Un vent de cendres », deuxième roman de Sandrine Collette, place le lecteur au centre d’un malaise, un malaise qui s’amplifie au rythme des pages, un malaise qui se transforme petit à petit, en sueurs froides, comme l’indique le nom de la collection.

Je n’ai pas lu « Des nœuds d’acier », qualifié par certains d’excellent roman et qui a reçu le Grand Prix de littérature policière 2013. Quand on m’a offert la possibilité de lire les deux romans de Sandrine Collette, « Des nœuds d’acier » et «Un vent de cendres » , j’ai tout de suite accepté … Curiosité littéraire oblige ! Mais pour être cohérent avec mon côté rebelle, j’ai commencé par le deuxième, « Un vent de cendres », que j’ai beaucoup aimé.

Pour le Québécois que je suis, la ruée de la jeunesse pour la cueillette du raisin demeure pour moi une énigme. Toutefois, passer du temps dans un vignoble durant les vendanges était pour l’amateur de vin que je suis, un élément de motivation à lire ce roman..

Alors, je m’y suis lancé avec plaisir, ouvert à la découverte, prêt à vivre une intrigue qui s’annonçait fort intéressante.

Roman de malaise plus que roman d’angoisse, « Un vent de cendres » commence par la description très réaliste de l’accident où Laure a trouvé la mort de façon affreuse. Andreas et Octave, propriétaires du vignoble, s’en sont sortis, non sans séquelles physiques et psychologiques.

Dix ans plus tard, Malo et sa sœur, Camille, arrivent pour participer aux vendanges sur le domaine qui appartient aux deux frères. Une sensation étrange les habite ; Malo ressent une drôle de prémonition. Octave est leur première source de malaise : défiguré par l’accident, marchant avec une canne, l’arrivée de Camille le ramène dix années en arrière : cette jeune fille est le portrait identique de Laure, sa jumelle intemporelle. Il la regarde en s’efforçant de lui montrer le côté « normal » de son visage mais son regard insistant alourdit l’atmosphère de cette journée chaude d’automne.

Au deuxième étage de la maison, à cette fenêtre où le rideau semble danser sur la musique du vent, une ombre se cache. Dans un huis clos angoissant, elle épie ce qui se passe, regarde de loin, on pourrait même dire qu’elle espionne. Elle se rend compte de l’effet qu’a eu Octave en voyant Camille. Malo aussi perçoit le regard d’Octave et met en garde sa sœur contre les intentions surement malveillantes du « Boiteux » ! Après une confrontation avec Octave, Malo disparaît mystérieusement. Seule sa sœur s’inquiète, les autres se sentant soulagés par l’absence du tempérament bouillant de Malo.

Commence alors une montée de la tension de ne pas savoir ce qui se passe réellement.

Enchainée dans ce mystère qui ressemble au scénario de la Belle et la Bête, Camille se questionne, souffre et imagine des hypothèses les plus angoissantes. Elle craint Octave même si elle se sent attirée par l’homme mais surtout, elle craint ce fantôme qui rôde au deuxième étage de la maison.

Sandrine Collette installe le lecteur au centre de l’intrigue pour lui permettre de ressentir les sentiments de chacun des personnages. Le lecteur accompagne les travailleurs à la vigne, arpente en frissonnant les couloirs de la maison et jette souvent un coup d’œil à ces fenêtres qui cachent peut-être quelque chose d’horrible. L’auteur tisse sa toile, maille par maille, jusqu’à la solution finale. En plus de nous délivrer la psychologie brute des personnages du roman, elle exacerbe les moments d’angoisse en les alternant avec certains moments festifs. Le jeu des extrêmes fait son œuvre. Nous sommes happés par l’intrigue sans aucun moment d’ennui !

Un très bon moment de lecture, une belle porte d’entrée dans l’imaginaire de cette auteure qui m’incite, très rapidement, à lire son premier roman qui avait fait presque l’unanimité.

Voici un extrait qui illustre le climat de ce roman :

« Il la précède, lourd sur la canne et le pas lent, et elle observe cette silhouette bancale, pense à cet après-midi en haut des rangs de vigne, ses mains sur elle – un frisson. Enlève-toi ça de la tête. Dans les caves elle le suit et ils s’enfoncent. Ce pourrait être le centre de la Terre, elle le suivrait quand même.

il a le double de mon âge, il est dingue, défiguré et mauvais et je ne pense qu’à lui, je délire ou quoi ? Elle court derrière lui. »

Bonne lecture !

Un vent de cendres

Sandrine Collette

Éditions Denoël

Sueurs froides

2014

255 pages

Commenter cet article

Ici ou ailleurs 28/05/2014 20:25

la chute n'a profondément déçue. C'est un subterfuge tellement utilisé dans les thrillers !

Richard 28/05/2014 20:35

Il est vrai que la finale a été quelques fois utilisée. Mais on ne boude pas notre plaisir !
Merci pour votre commentaire !

laertes 09/04/2014 14:52

J'ai lu les deux. "les noeuds d'acier" était haletant quoique peu plausible (psychologiquement et matériellement). Le deuxième (un vent de cendres) se distingue surtout par la fin qui est très accrocheuse grâce au style. Là encore l'histoire pêche par son manque de plausibilité et de psychologie. A noter : une publicité gratuite et ringarde pour les berlines allemandes (l'auteureee ne doit manquer de rien) dans la veine d'une Patricia Cornwell... Comme il y a une montée en gamme (BMW puis Benz) on s'attend à ce que le prochain une des héroïnes aie pour nom de famille PORSCHE !

Richard 10/04/2014 13:59

Merci pour ton commentaire, Laertes !

keisha 25/03/2014 18:29

Elle était au salon du livre de Paris, en débat !

Richard 25/03/2014 22:13

Merci Keisha !

Alex-Mot-à-Mots 25/03/2014 13:30

Son premier roman m'attend dans ma PAL.

Richard 25/03/2014 14:30

Bonjour Alex,
Moi aussi !
Je me le garde pour les prochaines vacances !
Bonne lecture !

Collectif Polar 25/03/2014 08:03

Que cela me fais plaisir que tu es aimé ce livre. Oui l'écriture sobre de Sandrine Colette nous permet de mieux être au cœur de l'intrigue. Je pense que tu vas adoré "Des noeuds d'acier".
Et merci pour cette belle chronique cher Richard.

Richard 25/03/2014 14:29

Merci beaucoup !
Ce fut un beau moment de lecture, cette découverte de Sandrine Collette. "Des noeuds d'acier" sera une de mes lectures de vacances !
Au grand plaisir de te lire !