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Publié par Richard

Prague fatale

J’ai toujours un certain plaisir à retrouver les personnages récurrents de certains auteurs. Bien sûr, il y a les incontournables: Kurt Wallander, Andrea Camilleri et Erlendur Sveinsson mais aussi les québécois Victor Lessard, Jérôme Marceau et Maud Graham. Quel plaisir de retrouver ces personnages avec leur personnalité, leur problème (à mettre souvent au pluriel), leurs angoisses et leurs vies professionnelle et personnelle. Ils font partie de la famille et dès que l’on ouvre le roman d’une nouvelle aventure, on se retrouve comme si nous ne nous étions jamais quittés.

Voilà ce que je viens de vivre avec Bernie Gunther dans « Prague fatale », une des très bonnes enquêtes menées par ce personnage de Philipp Kerr.

L’auteur nous impose un léger retour en arrière et nous ramène en 1942, en pleine Seconde guerre mondiale. Bernie Gunther revient du front de l’est, un peu beaucoup amoché par ce qu’il a vu et vécu. Il se retrouve à Berlin, dans une ville qui a beaucoup changé. Par hasard, il est témoin d’une agression : un homme s’attaque à une femme, en pleine rue. En raison de sa fonction au département des homicides, il amorce une enquête et il est séduit par la belle dame. Il va même jusqu’à l’amener lors de la fête en l’honneur du général Reinhard Heydrich, récemment promu comme Reichsprotektor, à Prague.

La fête tourne mal ! Un des aides de camp du général est tué. Pour sauver sa peau, Bernie devra trouver le coupable. Commence alors une enquête riche et complexe, dans un huis clos où se retrouvent quelques huiles des SS et de l’armée nazie. Même l’auteur, par la voix de Bernie, fait un rapprochement avec un célèbre roman d’Agatha Christie, « Le meurtre de Roger Ackroyd » pour illustrer certaines similitudes dans les deux affaires. Une idée fort intéressante !

Avec compétence, cynisme et humour, Bernie Gunther fouinera dans tous les recoins de ces deux châteaux en ne ménageant aucunement les susceptibilités de chacun, quel que soit leur rang ou leur grade. Bernie Gunther agit comme Bernie Gunther. Avec tous les risques que cela comporte !

L’enquête est bien menée, complexe et passionnante. Les allers-retours entre la réalité et la fiction sont savamment dosés et nous plongent, sans didactisme, dans les dessous de la structure construite par le Fuhrer. J’ai apprécié plus particulièrement les passages où Philip Kerr nous présentait les actions des Trois Rois, célèbres résistants tchèques. Apprendre, s’informer, tout en lisant un roman divertissant; voilà ce que vous offre cette « trilogie berlinoise » en huit volumes …

De plus, on apprécie toujours la personnalité de Gunther, posant un regard insolent et un œil acéré sur le monde qui l’entoure. L’écriture fluide de Philip Kerr facilite grandement la lecture malgré la difficulté à maitriser les noms et les grades allemands. Mais on s’y fait … et même assez rapidement.

J’ai beaucoup aimé cette huitième enquête de Bernie Gunther. Il faut tout un talent pour capter l’attention du lecteur pendant une série aussi riche que celle-ci. Je ne m’en lasse pas. Alors, n’hésitez pas à commencer ou à continuer la lecture des enquêtes de ce policier atypique et aussi, très sympathique.

Voici quelques extraits représentant bien le style de Philip Kerr :

« J’aime bien la musique quand je bois. Et même le jazz de temps à autre, pourvu que les types se rappellent où ils ont laissé la mélodie. »

« Par dessus tout, cela m’aidait à chasser de mon esprit le sentiment croissant que j’étais allé dans le pire endroit de la planète pour découvrir que le pire endroit de tous était en moi. »

« Sur un tas de sujets, je n’avais pas toujours raison. Mais, en ce qui concernait les nazis, je n’avais pas souvent tort. »

Bonne lecture !

Prague fatale

Philip Kerr

Éditions du Masque

2013

407 pages

Commenter cet article

Jean Lemieux 20/03/2014 19:31

«Prague fatale», situé dans une ville qui me tient tant à cœur, est un magnifique polar. Kerr maîtrise à merveille l'art du dialogue. Et Bernie Gunther est un personnage attachant, dont le cynisme n'entame pas l'humanisme.
Un grand livre.

Richard 20/03/2014 21:33

Merci Jean pour cette visite sur mon blogue !
Je suis tout à fait d'accord avec toi.
Gunther est plein de paradoxes mais il est tellement humain qu'il en devient fascinant !
Je viens de terminer un autre excellent roman, celui d'Arnaldur Indridason, "Le Duel". Extraordinaire !!

Au plaisir de te lire !
Et mes amitiés à Surprenant !

Alex-Mot-à-Mots 18/03/2014 11:35

J'avais adoré la trilogie berlinoise, beaucoup moins le 4e. Je n'avais pas poursuivie.

Richard 18/03/2014 15:05

Je pense que ce roman pourrait te plaire ... Il est plus dans la lignée de la trilogie ...

argali 17/03/2014 18:08

Je t'ai lu en diagonale car il attend dans ma pile. J'aime beaucoup Bernie Gunther et me réjouis de le retrouver. Là, je lis plutôt québécois.
A bientôt Richard.

Richard 17/03/2014 18:12

Bonjour Argali,
Tu retrouveras Bernie avec beaucoup de plaisir; il est toujours égal à lui-même.
C"est quand même une bonne idée de lire québécois !!
Bonne lecture !
J'ai hâte de te lire.
Bonne journée