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Publié par Richard

"Enquête dans la réserve"

«Enquête dans la réserve» de David Adams Richards est un roman très très spécial !

Oubliez les revirements spectaculaires, les rebondissements à couper le souffle, les exploits des héros plus grands que nature, ce roman d’un des grands auteurs canadiens-anglais est un chef d’oeuvre de lenteurs, de nuances et de subtilités.

Après la parution du très apprécié «La malédiction Henderson», premier roman traduit en français, Richards nous revient avec un autre roman, construit autour d’une atmosphère, d’un climat qu’il installe de façon bien personnelle. De page en page, ficelle par ficelle, comme un peintre impressionniste, l’auteur nous dessine, par petites touches, un tableau tout en finesse, dans des nuances de gris et de noir. Le lecteur se retrouve sur une longue pente douce, qui l’amène vers une finale à l’image du reste du roman.

«Enquête dans la réserve» est un roman de mensonges, de solitudes (et le pluriel est important !), d’opacité et de crises.

Juin 1985, au petit matin, les débardeurs arrivent au port pour se faire engager. Hector Penniac, un jeune Micmac de 17 ans commence sa première journée de travail. Il vient travailler pour payer ses études de médecine.

Roger Savage arrive trop tard au travail. On l’informe qu’il n’y a plus de place pour lui. On a donné son travail à quelqu’un d’autre. Roger est blanc. Il demeure tout près de la réserve. Déçu, il reste à proximité du bateau, au cas où ...!

Peu après, un accident arrive ! Le jeune Penniac meurt quand l’élingue s’ouvre et le chargement de bois s’écroule sur lui.

« C’est un accident qui causa la mort d’Hector Penniac, un Autochtone de la réserve d’Amos Paul. Peu de temps après, on vint à considérer cette mort comme suspecte. Et une fois devenue suspecte, on en vint à la considérer criminelle.»

Voici que la lente spirale se met à tourner pour aspirer le coupable vers les abimes de la culpabilité.

Amos Paul est le chef de la réserve. Leader et grand sage devant le grand Manitou et les hommes, il amorce une enquête en analysant chaque fait, chaque geste et chaque perception des différents intervenants. Son petit fils Markus est le témoin privilégié des réflexions de son grand-père.

Vingt et un an plus tard, Markus est policier; cette affaire l’habite encore. Pire, elle le hante ! Comme toutes les personnes métissées, ni autochtone, ni blanc et en plus policier, il n’est accepté par personne mais il se sent attiré par sa communauté ...pour résoudre cette énigme. Et en plus, il veut sauver l’honneur de son grand-père.

Isaac Snow et Joël Ginnish sont deux personnes influentes de la réserve. Isaac, plus jeune, plus dynamique et plus jeune qu’Amos Paul, a des vues sur le poste de chef de la réserve. Joël, lui, semble tremper dans des activités illégales et tout le ramdam autour du meurtre lui laisse toute une liberté d’action. Il alimente le «feu» du racisme, la confrontation entre les blancs et les amérindiens. Le chahut est propice aux affaires ... surtout quand elles sont clandestines.

Alors, dans le décor d’une réserve amérindienne d’une province canadienne, se confrontent la sagesse d’Amos Paul, l’ambition d’Isaac Snow et la cupidité de Joël Ginnish. Événement par événement, s’installe un climat de suspicion qui prend souvent la couleur d’un malaise interracial, d’une injustice qui se donne des airs de justicier et de silences forcés ou provoqués.

Il faut lire ce roman avec en tête, l’idée de découvrir un monde, le monde des Premières nations avec leurs croyances, leur mode de vie. L’enquête, même si elle est le noyau du roman, est quand même le prétexte à voir s’installer cette ambiance de suspicion et de non-dit. Puis, au fur et à mesure du développement de l’histoire, le lecteur découvrira ce personnage fascinant de Markus Paul, homme complexe, avec un passé trouble et une vie amoureuse très difficile. Un personnage qu’on aimerait revoir !

Même si, « Des gens comme vous et moi, on ne nous aimera jamais, mais on aura toujours besoin de nous.»

En bref, malgré certaines longueurs, j’ai beaucoup aimé ce roman pour ce qu’il est: un roman d’atmosphère avec des personnages extraordinairement plus vrais que nature. Richards nous offre un portrait touchant de réalisme de la vie d’une communauté amérindienne. En guise de conclusion et pour vous donner le ton du roman, voici une citation du vieux sage Amos, tout imprégnée de la philosophie pacifiste et spirituelle de certains autochtones:

«Le père d’Amos lui avait parlé une fois des gens qui étaient prêts à se rallier à quelque chose. Il lui avait dit ceci: « Il y a toujours un grand géant caché dans la pièce, et ce géant s’empare des gens dans la foule et les pousse dans une direction ou dans une autre. Ceux qui ne se rallient pas à ce géant sont exclus et, parfois, ils se font piétiner par ses grands pieds. Ceux qui se rallient au géant bénéficient du pouvoir de se gonfler et de se prendre pour des géants, et ce sont eux parfois qui piétinent les autres jusqu’à ce que leurs amis les quittent, et alors ils deviennent de plus en plus petits. Et parfois même, quand tout est terminé, ils disparaissent tout simplement.»

Bonne lecture !

Enquête dans la réserve

David Adams Richards

Pleine lune

2013

363 pages

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Commenter cet article

policière 09/05/2014 11:50

Ce que je trouve étrange, c'est que David Adams Richards est pourtant un auteur plusieurs fois récompensé, mais sur la quinzaine d'ouvrages qu'il a écrit, seul deux ont été traduits en français...

Richard 09/05/2014 15:03

Bonjour Policière,
Oui, vous avez raison, c'est assez étrange !
Espérons que sa maison d'édition nous alimente un peu mieux.
Merci pour votre commentaire !
Au plaisir de vous lire !

Venise 19/12/2013 20:11

Je me suis rendue à la page 50. Ne pas avoir autant de livres à lire probablement que ma curiosité m'aurait poussé à le lire jusqu'au bout, malgré un élément qui m'a dérangé : la traduction. Je m'y sentais pas à l'aise. Comme c'est un roman d'atmosphère, la traduction est d'autant plus importante. Je trouve important de souligner que récemment j'ai lu plusieurs romans avec toile de fond une communauté amérindienne, peut-être que ce fait explique une certaine saturation.

Le fait d'apprendre que tu l'as aimé me porte à dire qu'un jour je me reprendrais peut-être.

Richard 19/12/2013 20:16

Bonjour Venise,
Il faut dire, aussi, que le rythme est très lent et qu'il faut l'aborder avec beaucoup de "zénitude" !! Mais, il demeure un très bon roman avec ses forces mais aussi ses faiblesses.
Je te souhaite de très joyeuses fêtes.
Amicalement

Alex-Mot-à-Mots 17/12/2013 10:34

Un chef d'oeuvre de lenteur, ohlala. J'aurais trop peur de m'endormir dessus....

Richard 17/12/2013 21:35

Quelques fois, Alex, la lenteur peut être intéressante !
Bonne lecture !