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Publié par Richard

"LES SAISONS" de Maurice PONS, commenté par Attila

« Il n’y a pas de hasard que des rendez-vous » Paul Eluard

Au détour d’un autre détour, perdue dans une ville qui n’est pas mienne, je suis entrée dans une cathédrale.

J’ai suivi la flamme qui brûle dans le cœur de tout lecteur : l’envie de se laisser surprendre par un nouveau monde jusque là ignoré.

J’ai caressé les couvertures, retourner les petites briques de papier pour tenter de découvrir leur pedigree.

Je les ai défloré, un peu, beaucoup ………pas du tout.

J’ai musardé, humé l’air du livre, à la recherche d’un parfum qui ferait battre mon coeur.

Soudain, la grâce : un petit livre à la quatrième de couverture outrageusement racoleuse.

On me promet un livre culte, secret, partagé par un petit nombre de lecteurs (un peu snobinards) qui se reconnaissent entre eux.

Je suis joueuse ( et snobinarde, je le confesse humblement), je plonge dans « Les saisons ».

L’amour, voyez-vous, peut vous attendre au détour d’une table de libraire.

Ce matin, en me levant, j’ignorais jusqu’à l’existence de Maurice Pons, et ce soir, je pense à lui et à notre rendez-vous dans la Vallée.

Je pense à la mère Ham, à ses lentilles, à la tête de mouton, aux douaniers, je pense à Siméon seul, rejeté, méprisé, à côté de leur monde.

Siméon, l’écrivain qui « façonne (s)es mots, avec des voyelles et des consommes qu’(il) accroche les unes aux autres, un peu à la façon du vannier. Mais avec (s)es petits paniers, (s)es corbeilles, essaye d'attraper la beauté »

Je pense à ce pays de désolation dont l’étrangeté gagne le cœur des lecteurs comme la gangrène la jambe de Siméon.

Je pense à ce pays maudit, pourri, oublié des Dieux, où 18 mois de pluie, succèdent à 40 mois de gel bleu.

Je pense à toi, Siméon, écrivain stérile, au physique repoussant.

Toi, qui pourrit depuis longtemps dans cette vallée sans issue, lynché par ceux que tu voulais extraire de leurs immondices.

Les petits paniers ont failli dans leur tâche, il n’y a avait pas de beauté dans cette vallée là.

« A qui la faute ? »

Inutile de vous ruer chez votre libraire : ce livre est indisponible.

Il ne vous reste plus qu’à être à l’heure au rendez-vous qu’il vous fixera… peut être …

Quand la saison bleue laissera la terre détrempée engloutir les corps pourris,

Mais avant que « la vermine (ne) vous mange de baisers »

Les saisons

Maurice Pons

Christian Bourgois, éditeur

1992

Disponible en format papier et numérique sur Rue des Libraires

« Écrire, c'est aligner les voyelles et les consonnes dans un certain ordre pour en faire des corbeilles de beauté »

Maurice Pons

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Lagirafe plastiquée (boum!) 25/09/2013 12:46

Je prends acte, mieux, je plussoie...j'irais même jusqu'à renchérir, si la décence m'y autorisait.

Sophie 24/09/2013 16:35

Ton propriétaire a raison, il n'y a que toi (et moi, merci Richard), pour écrire des chroniques intelligentes sur des auteurs morts et de surcroît épuisés...(pléonasme?) En ces temps hystériques de rentrée littéraire où le prochain Goncourt sera mis au pilon six mois après son sacre, il nous sied, à nous, snobinards assumés, de discourir, avec une nonchalance n'excluant pas l'exigence, sur des oeuvres confidentielles et pourtant excellentes...Ces heures passées à sortir de l'oubli des auteurs réservés aux "happpy few" ne seront pas inutiles, surtout pour le lectorat affûté d'un blogue lui-même constamment à la recherche de son propre dépassement...Oui, j'ose le dire, nous sommes dans des sphères blogo(sphériques) rarement atteintes, et cela même jusque dans CERTAINS commentaires, aussi achevés et admirables que la chronique elle-même. (et bonjour à Perséphone, de la part d'Yvonne)

Attila 25/09/2013 10:33

Chère Yvonne, Ursula, ou Sophie (selon l'humeur du moment je suppose ....),
je crains de devoir confesser que mon goût pour les auteurs morts (épuisés, lessivés, étrillés...) n'a pour seule justification que la lâcheté et la malignité caractéristiques des feignasses dans mon genre.
Il faut avoir à l'esprit ( et non pas de l'esprit, celui-ci étant rarement sain, ou saint voire ...) que les morts ne protestent que très mollement lorsque tu les écornes, la sensibilité des défenses frontales étant grandement diminuée par un séjour, même bref au pays des racines ( ne fais pas cette moue : c'est scientifiquement démontré !)
Par ailleurs, leur épuisement empêche une vérification scrupuleuse des détails de ma bafouille, par des lecteurs contestataires ou provocateurs.
L'auteur mort constitue donc la panacée pour tout "chroniqueur" qui souhaite paisiblement envoyer sur la blogosphère (dans laquelle il a fait le choix couard, mais confortable, de ne pas avoir de pied à terre, préférant lamentablement squatter le "home sweet home" de ceux qui ont la constance d'entretenir ces jolies petites cabanes de pêcheurs ou pécheurs, selon le cas).
je poursuis donc ma quête du Graal : l'auteur mort d'épuisement avant d'avoir écrit !
Ce sera dur mais "je l'aurai un jour, je l'aurai !!!!!"
Parti Socialiste (ouais, je sais, c'est nul, mais moi, ça me fait rire !) : je transmettrai tes salutations à Perséphone lorsqu'elle sera enfin revenue de son treck dans le désert blanc.
Et avant de partir, je précise que le livre est dispo chez les vendeuses qui se sont coupées un attribut pour tirer à l'arc ......mais comme je n'aime pas leur culte, je réitère : INDISPONIBLE DANS LES VRAIES LIBRAIRIES EN FRANCE

Richard 24/09/2013 13:03

Encore une fois, une excellente chronique ! Il n'y a que toi, chère Attila pour présenter un livre comme tu viens de le faire; tout en poésie, en nuances et en sensibilité.
Et tu nous fait découvrir des univers, des chemins peu fréquentés, loin des best sellers mais tellement prêt des chefs d'oeuvre littéraire.
Merci mon amie !
Je suis fier et honoré de t'avoir comme chroniqueure sur mon blogue !
Amitiés

Attila 24/09/2013 13:40

merci Richard.je vais donc continuer à profiter de l'hébergement !!!!!!