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Publié par Richard

" 7 jours " de tension ... par Deon Meyer !

Il y a un peu plus d’un an, je terminais ma chronique sur «À la trace» en disant que Deon Meyer était devenu un grand, un très grand auteur. Cet immense roman de plus de 700 pages, mettait en scène deux héros de Meyer, Lemmer et Mat Joubert.

Avec «7 jours», l’auteur fétiche de l’Afrique du Sud, nous revient avec Benny Griessel («Le pic du diable» et «13 heures»). Un policier typique des romans modernes, vivant au coeur de multiples problèmes, avec une estime de soi en-dessous de l’inacceptable mais avec une compétence hors de tout doute. Juste sa vie, ses pensées pourraient faire un excellent roman psychologique.

Mais la force de Deon Meyer réside dans cet art subtil de placer ses anti-héros dans des situations inextricables où malgré leurs fragilités, leurs défauts et leur mal de vivre, ils réussissent à démêler l’écheveau, sans toutefois mettre de l’ordre dans leur vie. Absolument passionnant !

Hanneke Sloet a été tué dans son appartement. Pas de trace de lutte, pas de blessures défensives, aucun indice, aucun mobile: le crime parfait pour les affaires non résolues. L’enquête piétine et insidieusement, sans trop le savoir, on la délaisse pour passer à autre chose. Pris dans le tourbillon de nouveaux crimes. Mais quelque part, une personne veille. Et décide d’agir !

Ce redresseur de torts envoie quelques courriels pour menacer la police, trouvant injuste que ce crime reste impuni. Devant l’inertie de la force (?) policière, il décide de mettre le paquet et de passer aux menaces. Truffés de citations bibliques, ses courriels annoncent de réelles menaces: il tirera sur un policier. Un sniper rôde donc autour des commissariats de police et met ses menaces à exécution.

Benny Griessel, aidé par la solide Mbali Kaleni, entreprendra cette enquête en jouant sur les deux tableaux: rechercher le sniper qui réclame vengeance et justice et dénouer l’impasse autour du meurtre de Hanneke Sloet.

Délaissant quelque peu les intrigues raciales de son pays, Deon Meyer nous introduit dans le monde corrompu de la politique et du milieu financier. Le passé avoué de la belle Hanneke, très différent de ce qu’il découvre, pousse Griessel au bord du gouffre. Ce gouffre, cette spirale attire Griessel tout près d’un milieu hermétique, pourri par l’ambition de ses acteurs et guidé par le seul appât du gain. Comment résister aux multiples tentations, quand notre moral se nourrit aux racines de notre mal-être, quand les rapports amoureux nous blessent et que l’attrait de la bouteille nous hante constamment.

Comme à son habitude, Deon Meyer nous tricote une intrigue bien ficelée et surtout un suspense très bien dosé. Bien sûr, la menace du sniper de tirer sur un policier par jour, donne un rythme assez prenant à notre lecture. Le style acéré de Meyer, ses dialogues touffus et efficaces et l’expression des affres psychologiques de son héros ont tout pour séduire le lecteur de polars.

Finalement, je vous avoue avec un plaisir non dissimulé, avoir apprécié grandement toutes les occasions où Bennie Griessel et son amoureuse, l’actrice Alexa Barnard tentaient tous les deux, de sortir vivant de leur dure réalité. Deux êtres écorchés, qui s’aiment passionnément mais qui ont le malheur de ne pas savoir comment s’aimer eux-mêmes et qui ont une grande facilité à se détruire tout en détruisant ceux qui les entourent. Avec ce couple si bien assorti, dans leurs faiblesses et leurs malheurs, Deon Meyer nous dépeint une relation difficile pleine d’embûches où leur manque évident de «savoir être heureux» ne peut faire autrement que de nous les rendre sympathiques.

Un dernier mot ! Ne vous fiez pas au lexique de la fin concernant la valeur de l’argent sud-africain. Soit le traducteur, soit l’éditeur, ou les deux, ont raté le coche. Il est écrit à la page 486 que: « 1 rand équivaut à environ 8 dollars, ou 11 euros ...» alors que c’est le contraire ... Ça prend 8 rands pour faire un dollar ou 11 rands pour 1 euro. Alors, le prix des choses devient plus réaliste ... !

Voici quelques extraits, juste pour le plaisir ...

« Sa vie était un marasme constant. Un flot ininterrompu d’ennuis, une lutte sans fin pour y arriver. Il ne pouvait tout simplement pas gagner, les choses ne faisaient que s’accumuler. On ne pouvait jamais avancer.

...

Il devait se rendre à l’évidence. Il était un raté.»

« Jurer est la béquille habituelle des handicapés de la conversation.»

Une réflexion de Griessel avant de lire la correspondance de la victime. « Il hésita, sachant par avance qu’il franchissait une limite. Sloet allait devenir une personne de chair et de sang, avec une vie, des émotions et des regrets, et peu de secrets. Il allait y perdre sa distance, son objectivité, tout allait devenir un peu plus personnel. C’était là qu’était le problème, la racine du mal.»

Bonne lecture !

7 jours

Deon Meyer

Policiers Seuil

2013

487 pages

Deon Meyer parle de son roman !

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 09/09/2013 10:52

Un auteur devenu incontournable.

Richard 09/09/2013 13:04

Tout à fait, Alex !

norbert spehner 07/09/2013 14:38

La comparaison entre Don Meyer et Roger Smith est intéressante parce que ces deux auteurs proposent deux visions opposées de l'Afrique du Sud. Celle de Smith est plutôt pessimiste: rien ne va et rien n'ira jamais, le fossé entre Blancs, Noirs et Métis est infranchissable, alors que Meyer est plus nuancé, plus optimiste pour l'avenir. A suivre..Et puisqu'il est question de l'Afrique, L'HEURE DU CHACAL, de Bernard Jaumann (Le Masque) se passe en Namibie,
un autre de ses pays africains qui en arrachent. Un bon polar, très instructif...

La Petite Souris 06/09/2013 17:42

bonjour mon ami !! Un sacré moment sque je n'étais pas passé de te voir, mais si tu as gardé un oeil sur ton pote de la métropole tu dois savoir maintenant pourquoi ;) ( sinon tu cliqueras sur mon lien). Deon Meyer est assurément un sacré écrivain et je ne peux que rejoindre ton avis la dessus! celui ci je ne l'ai pas encore lu, comme le précédent d'ailleurs, mais je vais vite rattraper mon retard !!! Amitiés

Richard 07/09/2013 15:50

Bonjour Norbert,
Oui ton point de vue est très intéressant. Ce duo d'auteurs de l'Afrique du sud, nous réserve sûrement de belles surprises.
Et merci pour la suggestion. Je note !
Au grand plaisir de lire tes commentaires.
Amitiés

Richard 06/09/2013 18:05

Salut mon ami,
Je garde toujours un oeil sur mon ami La petite souris et sur Passion Polar.
Merci pour cette recherche des nouveautés, tu es pour moi, un site de références.
Et je suis toujours heureux quand la petite souris vient grignoter son fromage en lisant mes chroniques...
Amitiés
Et surtout bonne lecture!

gruz 06/09/2013 17:10

Tes chroniques donnent toujours aussi furieusement l'envie de découvrir les bouquins dont tu parles ;-)

Richard 06/09/2013 18:01

Merci Gruz,
C'est très gentil !
Au plaisir de lire tes commentaires!

Martine 06/09/2013 15:58

Que j'ai aimé ce livre! Meyer est assurément l'un de mes auteurs préférés!

Richard 06/09/2013 18:44

Oui, en effet, Roger Smith ne fait pas dans la dentelle !

Martine 06/09/2013 18:32

En effet, il me fait beaucoup penser à Meyer (en plus dur encore!). J'aime beaucoup ce qu'il fait.

Richard 06/09/2013 16:54

Moi aussi, Martine, j'aime beaucoup Meyer ! Il est pour moi, un incontournable ... Pas un de ses romans m'a déçu. C'est très rare !
Et présentement, il y a un autre Africain du Sud qui commence à faire sa place et qui est plaisant à découvrir: Roger Smith. Je le recommande !